ahna_Valdez

 

Mon corps est froid et ne s’éveille pas sous ta main. Je sais pourtant qu’il faudrait, pour nous, pour demain, pour tout, pour rien. Je ne peux pas et je ne sais pas dire pourquoi. Je feins de dormir, ou je soupire, de toute façon ce message-là tu le reçois cinq sur cinq, tu es le cœur de cible et tes flancs se hérissent. Que puis-je faire de toute façon, je suis un glaçon. Que cela te blesse, aucun doute là-dessus. Et je tiens l’oreiller serré sur mon crâne, je voudrais étouffer mon âme, qu’elle cesse de rechigner, qu’elle soit enfin facile à désirer. Je sais à ta respiration que tu ne dors pas. Ton souffle est suspendu comme une menace qui ne se dit pas –et le simple fait que je ressente les choses ainsi est une injure. J’essaie de hurler dans ma tête pour combler la sirène stridente de nos silences. Mon cerveau ouvre ses caves et je descends les marches, tournant le dos à ce qui est. Peut-être le rêve en sera-t-il la rampe, guide impalpable vers ce lieu où je refuse de me rendre. Tu bouges au ralenti, tu cherches un ersatz de réconfort toi aussi , je me sens indigne et cruelle, engluée dans la main lourde et poisseuse du remord. – vas-y ma fille, envoie la métaphore, comme le rêve elle pose un bandeau de velours pelucheux sur nos yeux abîmés. Que nous ayons traversé des précipices, des puits et des abysses, comme -et un peu plus peut-être- tout le monde, nous le savons tous les deux. Pourquoi alors est-ce moi qui porte, inscrit dans mon corps, dans ma voix, sur ma peau, ce refus de vivre ? Car ce n’est que cela après tout. Quelque chose de très vieux. Mon corps est froid et ne veut pas mentir. Alors je me retire. J’entre à reculons dans un monde qui m’appartient, où je peux être la sorcière, la victime ou la putain. Un monde où je ne connais pas le risque de frôler une autre peau. Où le désir, le plaisir, sont des mots. Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à passer outre ? Ta respiration a fini par trouver les rails qui te font glisser vers un lieu où je ne serai jamais, je peux alors aussi m’apaiser. Et puis quoi ? Un rêve, la vieille maison, celle-là ne l’ai-je donc pas encore quittée ? La colère me jette du lit au petit jour. Mon corps est froid dans le matin, la tasse de café sur le bord du bureau, de la nuit il me reste des mots, et puis après ?

Je reste là, inerte et glacée.

 

[illustration : Ahna Valdez : site ici ]