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Derrière la fenêtre, une silhouette  basse et gracieuse s'est arrêtée et le temps se suspend. Ma chienne beauceronne se jette contre la vitre. Des siècles de domesticité lui hérissent le poil, dans un face à face très ancien : animal domestique contre nature sauvage. Le renard s'est figé dans l'obscurité. C'est un adulte, à mon avis un mâle, vu sa taille. Il a le bout de la queue blanche. Il renifle avec intérêt l'herbe autour du barbecue, peut-être s'y trouve-t-il encore quelques traces olfactives et carnées. J’essaie de calmer la chienne. Ses aboiements me déchirent les tympans, ils me  paraissent sacrilèges. Face à nous, le renard ne semble pas entendre le déchaînement de la colère ancestrale de l’enchaînée consentie face à l'être resté libre.

Pourquoi ce soir ?

Quand justement ce soir j'ai secoué le joug ...

Quand justement ce soir j'ai refusé la laisse facile des habitudes, de la culpabilité bien dressée ... Quand justement ce soir  j'ai décidé que je ne serais plus déguisée.

En proie au doute, encore,  j'ai croisé le regard du renard derrière la fenêtre dans le noir. Puis lentement il s'est tourné, et il a rejoint au petit trot au fond du jardin, la limite avec la forêt.

En soupirant, le chien a fini par se coucher à mes pieds.

 (L'image n'est pas de moi, je l’ai trouvée sur le net. Mais mon visiteur, lui, est authentique. Il ne doit pas être parti bien loin, la chienne n'est pas tranquille, elle jappe à nouveau et finalement je décide de laisser allumer dehors afin de me garantir une nuit paisible. )