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Première levée,  un matin qui sent encore l’orage. J’ai ouvert les volets et le jardin s’éveille, encore humide et sauvage. J'imagine un vol d’oiseaux par-dessus la maison, et je me vois, minuscule, devant la porte-fenêtre, partant peut-être.

Je rentre à contrecœur. Pas un bruit à  l'intérieur.

Le fait de les savoir encore endormis me bouleverse ce matin, j’ignore pourquoi. Peut-être parce que la fatigue de l’année accumulée me rend parfois difficile leur présence. Ces existences qui comptent … pour moi (tellement !)  mais surtout, qui comptent sur moi. Je me sais capable de gérer les crises, de gérer le quotidien, de gérer les horaires, qui fait quoi, à quelle heure, où … de distribuer les tâches (au lieu de les laisser se distribuer toutes seules), de donner le cadre. Et c’est ce qu’ils attendent de moi, tous.

Ironie de l’histoire, je prends conscience que je n’ai pas failli. Que ce cadre, que j’ai eu tant de mal à garder droit pour moi-même, quand je m’égarais sur les bordures étroites de mes névroses et  franchissais avec peine les crevasses éprouvantes des dernières années,  je l’ai toujours préservé, pour eux. La preuve, c’est vers moi qu’ils se tournent lorsqu’ils vacillent sur leurs bases. J’apprends, intéressée, que je suis une de ces bases, moi sans fondations. Cela m’étonne, cela me touche. Mais ce qui sort du calendrier régulier de nos vies me fait encore  peur. J’en ai conscience et j’essaie de rationaliser mes angoisses. Là encore, à moi de me débrouiller seule et mes quelques manquements au sang-froid exigé agacent : je m’agace qu’ils agacent. Légitimement je crois.

Hier soir, devant les assiettes qui refroidissent, ils échangent leurs rêves d’envols - parapente, saut à l’élastique, baptême de l’air ! Moi je songe : sommeil, retrait, oubli … ou bien création, écriture… un autre monde aussi. Par essence individuel et clandestin.

Alors peut-être est-ce cela qui s’attarde ce matin.

J’ai besoin de silence et de calme … et ce silence et ce calme que me procure la maison qui dort m’aide à me sentir près d’eux, sans avoir encore à répondre à leurs multiples demandes. Bientôt  j’entendrais des pas à l’étage, l’ombre sur la terrasse aura reculé d’une heure, il restera un peu de  café, que mangera-t-on ce midi, et la lessive à lancer, finalement fera-t-il orage ?

Je suis cet entre-deux, ces moments entre parenthèses, lorsque la vie est encore un rêve sous les paupières des enfants, seule devant mon clavier je me remplis de leur richesse, du don qu’ils me font d’être chaque jour. Je  renonce, aussi. Naissance à rebours.