L'isba de la Baba Yaga

22 mars 2017

Intérieur Crépuscule

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[variation sur le  texte précédent ; avec toujours en illustration une oeuvre de Jennifer Cronin. Je pense qu'on utilise le même gel douche ... ]

 

La lumière coule entre la porte et le mur

La maison vit les dernières heures d’un jour triste

Tu viens mourir dans l’interstice

 

Comment on sait que c’est fini ?

Que la fosse est couverte

Que les sales peurs les errances les cauchemars

Y sont bien clos pour jamais ?

 

Je suis sur le départ

Il n’y a pas de hasard

Tu restes planquée

Assise et tu tiens ton ticket

Je serre entre mes dents ce bonheur au goût de flotte

Je mords, fort, pour étouffer les cris

Sur le quai de la gare.

 

Comment on sait, hein, qu’elle est partie,

La conne, la pauvre, la folle,

La non-normée,

L’alarmée ?

 

Je suis sur le départ, crois-le, il n’y a pas de hasard

J’ai pris mon billet dans tes pleurs endormis

Je suis.

Toi, oublie de vivre,

Rien ne t’attends, vois ta peau fripée,

Tes mains sans gants.

 

Des mots cognent encore dans ma tête

Et s’invitent à la fête

Ils ont l’air hébété des non-nés, des oubliés,

Ils glissent dans la mousse

Mon crâne douloureux

S’esquive en douce…

 

Comment on le sait, hein,

Que l’on vit maintenant et ici ?

 

Remonte tes bras sur ton cœur et serre …

J’ai souvent glissé ma langue dans ta bouche

En murmurant des choses

Visqueuses et douces

Regarde-les grimper encore sur les carreaux embués …

Je suis sur le départ

Viens, accompagne-moi sur le quai

Serre-moi entre tes dents

Et apprends.

 

Que dire

Que transmettre,

Qui être ?

 

Je  me souviens

Quand autour de la baignoire la peur et la mort

Se frottaient les mains, elles brillaient fort

Leur cri sur le tien

Et cette salope, leur sœur la douleur qui me caressait là,

Et  qui m’ouvrait ses bras

Comment je sais

Que c’est terminé ?

 

Sotte fille abusée

Nous sommes sur le départ,

Farandole aux mains levées

Debout sur le quai de la gare

Tape au clavier viens nous virer,

Crève ta vie de mirliton,

Pauvre imbécile il y a de la place encore dans le wagon,

Es-tu certaine que c’est toi qui restes

Que c'est nous qui partons ?

 


20 mars 2017

A suivre

 

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[Pour accomagner cette babayaguerie balnéaire, une oeuvre de Jennifer Cronin ; site ici. ]

 

Intérieur-crépuscule. La lumière coule entre la porte et le mur, la maison vit les dernières heures d’un jour triste qui vient mourir dans l’interstice. La lumière étouffée du plafonnier révèle la poussière sur le sol, là un tapis élimé, sur la chaise entassés les nippes de la journée. Elle a remonté ses genoux contre la poitrine, souvenir.

LA FILLE DANS LA BAIGNOIRE : Comment on sait que c’est fini ? Hein, comment ? Que la douleur ne reviendra plus, que la fosse est couverte, que les sales peurs les errances les cauchemars y sont bien clos pour jamais, comment on sait ? 

LA DOULEUR, narquoise : Je suis sur le départ, crois-le, il n’y a pas de hasard j’ai pris mon billet je suis sur le quai de la gare. Toi, reste planquée,  prends entre tes dents ce bonheur au goût de flotte, mords, fort, pour étouffer les cris. 

LA FILLE DANS LA BAIGNOIRE : Comment on sait, hein, qu’elle est partie, la conne, la pauvre, la folle, la non-normée, l’alarmée ? 

LA PEUR, sournoise : Je suis sur le départ, crois-le, il n’y a pas de hasard j’ai pris mon billet je suis sur le quai de la gare. Toi, oublie de vivre, rien ne t’attends, vois ta peau fripée, tes mains sans gants et sans tourment, tu n’as jamais appris à nager. 

LA FILLE DANS LA BAIGNOIRE : Des mots cognent encore dans ma tête et s’invitent à la fête. Ils ont l’air hébété des non-nés, des oubliés, ils glissent dans la mousse, mon crâne douloureux s’esquive en douce…comment on le sait, hein, que l’on vit, maintenant et ici ? Comment on sait qu’on est guéri ? 

LA MORT : Remonte tes bras sur ton cœur et serre … J’ai souvent glissé ma langue dans ta bouche et murmuré des choses visqueuses et douces, regarde-les qui  grimpent encore sur les carreaux embués … Viens je suis sur le départ, accompagne-moi sur le quai de la gare, serre-moi entre tes dents et apprends. 

LA FILLE : Que dire, que transmettre, qui être ? 

Elle a fermé les yeux  dans l’eau froide, les bruits de la maison viennent échouer contre la porte. On téléphone. 

LES AUTRES : Elle est encore dans son bain. 

ELLE, triste puis en colère: Oui encore, elle se lave, elle se réconforte elle bulle, elle doit être bien dégueulasse pour rester si longtemps dans sa crasse. Ce que vous ne savez pas, que vous ne voulez voir c’est que dans sa tête elle part, elle veut en finir, elle l’a pensé oui sans le dire, et autour de la baignoire LA MORT et LA PEUR se frottaient les mains, elles brillaient si fort dans le noir je m’en souviens et cette salope LA DOULEUR qui me caressait là , qui m’ouvrait ses bras, elle avait pris la forme d’une voix trop aimée, une absence espérée putain j’ai eu mal et là comment comment je sais que c’est terminé ? 

LA DOULEUR, LA MORT, LA PEUR : Sotte fille abusée, nous sommes sur le départ, farandole sans espoir aux mains levées, debout sur le quai de la gare, tape au clavier viens nous virer, crève ta vie de mirliton, pauvre imbécile il y a de la place encore dans le wagon, es-tu certaine que c’est toi qui restes et que c'est nous qui partons ? 

Elle est sortie, la nuit tombée dehors cogne aux fenêtres. La maison est tiède, elle est le ventre vivant de jours à venir, les larmes sont restées dans la salle de bain, parties dans la bonde, le désespoir dans le siphon avec la peur qui gronde, il y a des gens derrière la porte, avec eux  elle sera forte. 

LA FILLE DANS LA MAISON : Comment on sait que c’est fini ? Quand on a envie de connaître la suite.

Intérieur-noir.

 

(Un jour oui un jour j’écrirai cette putain de dépression. sans fiortures.)

 

Iggy Pop - Break Into Your Heart | #PostPopDepression

 

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13 mars 2017

Le goût de la gerbe

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[illustration : Tin Can Forest - collectif d'artistes canadiens ]

C’était facile et le goût des mots que je viens de gerber m’écœure. Il m’est si simple de bagayer toujours sur le même remugle. Des images sans grande originalité suivent le cours du marais, et de mes doigts coulent un verbe enflé. Je voudrais me claquer me saigner m’exploser écrire en sniper verbal mais tout ce qui vient sonne creux

Mais j’aime trop ce goût dans ma bouche

Trois jours que je me vautre dans une noirceur apprivoisée

Car ce qui est dessous ne me vaut rien alors j’ouvre mon sac à vomi et je remplis tout plutôt que voir le vrai fond du désespoir je connais les  vieilles stratégies qui jusque-là m’ont réussi vivre moitié ailleurs moitié ici

Rêver

Dehors un ciel sans intérêt, l’herbe alourdie de rosée, les collines en face, bleues : que faire. J’ai cru qu’écrire me légitimerait, en quelque sorte, de ne pas exister.

 

 

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Ouvrage de dame

 

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Je tricote et je tri-cœur

Un coup entre les côtes

Et même pas peur

 

 Le calembour, le savais-tu mon âme,

 Est la paillasse crade

Où le désespoir s’essuie les pieds

Quand la vie est en rade

Il m’a tendu son bras décharné

Il y a déjà quelques années

Et j’y ai planté joyeusement

 L’aiguille de mes tourments

 

 J’ai pompé à rebours un sang pâle

Qu’il sera toujours temps de  rembourser

Lorsque la lividité cadavérique se sera installée

Le savais-tu mon âme

La métaphore est la valise de l’infâme

Ce matin j’ai tiré le petit banc au soleil

Et je surveille

Le marais enfler sa pourriture

Lendemain de biture

 

Oh je promets d’être sage

Les yeux crevés derrière mes ray ban

Je mangerai mes orages

J’ai sorti  mon petit carnet je compte bien m’y reposer

Fin de charnier

La décharge à vif sous les palétuviers

Le fleuve a rongé le bayou

Je stagne et je reviens te chercher

Mon âme déjantée

J’ai planté le garde-corps

Je veux un garde-fou

Gardien de ma folie car c’est ainsi que je vis

 

À couteau tiré entre mes phalanges

J’ai sorti le cran d’insécurité

Mon ange

Je ne veux pas me scléroser à nouveau

Sous des couches épaisses des couches de graisses

Mon âme-colère

Mange-la, bois-moi tu grandiras

Laisse laisse-moi sur ta langue

Entre tes lèvres rouler

Mon âme  à te pomper

 

Dans le bois mort un insecte crisse un chant régulier

Laisse-moi t’écraser retourne-moi comme un gant,

Je serai l’envers de ton décor,

Mon âme coffre-fort

Je tricote et je tri-cœur

Mon âme-ascenseur

À mon censeur

Jeu de mot à deux balles

Une dans la tête une dans l’chargeur

Mon âme-sœur

 

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06 mars 2017

Giboulée

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[surreal collages par Sammy Slabbinck]

 

Un lundi de reprise … la maison s'est vidé, j'ai le casque sur le crâne et je m'accorde quelques instants pour babayaguer... peut-être en avais-je un peu perdu l'habitude. J'ai la nostalgie non pas de la gadoue (quoique, aussi) mais de ces temps révolus où la baba joyeuse et désespérée ici venait se livrer, étaler ses tripes au petit déjeuner en couches généreuses trempées dans le café…allez roule lady ... et les filles des banshees  ont renfilé leur jean et filent pointer au petit matin, du sang sur les mains du rien sous les reins

 La porte du bureau est refermée derrière j'y ai quelques années de baignoire quelques années bien noires dessinées sur les petits carreaux de mes cahiers rouges quelques années à pagayer lorsque je tapais à l'aventure la tête dans les murs lorsque j'enfonçais les remparts de mais je m'égare hagard agar une pincée de gélifiant dans le chaudron un coup de rame et ça repart la baba est sur le coup chéri viens par ici que je te délaye que je babégaye que je m'égaye  les flocons de mars  floutent la baie vitrée illusion d'optique ils se reflètent sur le pare-brise de la voiture à l'arrêt et on dirait qu'ils viennent de l'intérieur s'écraser, prisonniers, neige de l'âme qui monte en volute à contre sens cendre des sens rêve de femme piège de l’âme

 Ce matin je me suis réveillée avant la machine qui clignote inutile à côté du lit, la maison déjà vibre  son début de semaine routinier et je pilote automatique mon café je m’installe devant l’ordinateur quelques bribes de mots surnagent de mon sommeil, rêves vermeils qui lient l’ombre et le verbe je laisse venir je laisse vomir mais je n’ai plus rien à cracher plus rien accroché à mes vertiges impies à mes abîmes fleuris le marais a fini de stagner

 Le chien ronfle à mes pieds dehors le brouillard se déchire je remise les rames, je vois à nouveau la colline. La neige d’hier n’a pas mis longtemps à fondre seul reste le souvenir des flocons à contre sens. Absence.

 

chambre 2023 et des poussières

 

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01 mars 2017

D.O. 2017 n° 82

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[illustration : une oeuvre d'Alice Miller]

 

Je me suis appliquée à recopier en deux exemplaires la cartographie  d’une âme qui ne m’est peut-être plus étrangère. J’ai mis aussi dans la pochette noire mes croquis du désespoir, quand il y a 4 ans je cherchais un punching-ball, ignorante des usages en vigueur sur mon ring intérieur.

Comme de plus en plus souvent, prête à l’heure je suis partie en retard, angoisse ridicule derrière un camion que je ne double pas, évidemment des travaux à mi-route, je roule vite je me gare sur le parking des quais, 10 minutes de marche à pieds c’est toujours ainsi que j’ai fait et puis l’attente dans la  pièce minuscule, comme chaque fois. Aujourd’hui son incongruité me frappe, entrée vaste et vide et ce petit réduit fermé par la porte coulissante - j’imagine l’œil professionnel du soudeur sur les charnières métalliques- il n’y a jamais personne en même temps au même moment, même si trois fauteuils en osier tiennent les coins. Si, une année, il y a longtemps – la seconde peut-être : deux ou trois fois de suite, j’y trouvai une petite fille qui jouait au sol avec des playmobils ; j’ai changé de jour d’horaire ou bien c’est sa mère et depuis je n’ai plus rencontré personne dans la salle d’attente du psy.

Je suis arrivée avec à peine deux minutes d’avance et je me répare à attendre (oh... je me  prépare. Bien sûr). Les revues sont archi lues, le magazine littéraire, Géo, lectures de bobo. J’ai rarement pensé à apporter mon propre livre ; pas le lieu. Je bidouille mon téléphone, j’efface de vieux messages, j’en envoie pour tromper l’attente, je pense à toutes ces fois où je me suis tenue là, sur le fauteuil face à la porte, toujours le même, les bruits de la rue montent par la fenêtre mal isolée du vieil immeuble. Je ne suis même pas nerveuse. Je ne sais pas encore ce qui sortira de cette séance, juste cette fois la pochette noire au bout des doigts et dedans : 4 ans.

J’avais préparé aussi au cas où un dernier rêve. J’avais pris cette habitude de vous  les envoyer par mail, « à travailler pour la prochaine séance ». Qu’en sera-t-il maintenant de ce « travail » ? Je le sais en chantier. Serai-je capable de le mener seule ?

Je veux le croire.

Je n’avais pas anticipé je crois que ce serait la dernière. Je voulais faire un bilan, j’aurais aimé que ce soit vous qui posiez les choses, genre un médecin rassurant qui dit : voilà, vous êtes guérie. Mais prenez bien vos comprimés de brume, un peu d’eau de marais une fois par mois, et n’oubliez pas  que vous êtes la baba.

Au lieu de quoi, vous avez posé les cartes sur le plancher et nous nous sommes penchés sur ce qu’elles disaient ou plutôt sur ce que moi j’avais à dire, ce jeudi de février.

Je suis surprise encore, presque une semaine après. Je ne sais pas quels leviers ont joué mais cette fois encore je me suis trouvée à me vider, là, dans le bureau clair, avec la cheminée à main gauche et la bibliothèque à droite, je me suis souvent demandé si vous arrangiez les livres en fonction de vos visites, Alice Miller.

Cette fois je n’ai pas fixé les carreaux devant la cheminée, mais ces feuillets posés entre nous. Et j’ai pleuré ces 4 années si difficiles.

Ces  4 putains d’années de douleur, de colère, de fuite. Où je me mettais à part dans la baignoire, où je me noire.

- 4 ans aussi où l’écriture m’a accompagnée nourrie, sauvée. Et sur la nouvelle carte mentale, un axe qui me traverse, celui de la création, voilà ce que je suis, aussi. J’écris.

J’avais besoin, ce jeudi dernier, de voir cela. Et de voir cela comme terminé. C’était ça le bilan.

Vous dites : nous ne fixerons pas de prochain rendez-vous.

Je sors du cabinet, je pleure, je crois. Je tombe sur le clodo rasta du coin du tabac, et bien que j’aie arrêté de fumer depuis juillet je  voudrais lui taper une clope mais il comprend l’inverse, bien sûr qui aurait l’idée de taxer un clodo ? Je rentre alors dans le tabac j’achète un paquet de lucky et le briquet le moins cher. Mes mains tremblent quand je sors une cigarette puis je mets le paquet presque plein dans la main de l’homme, il me semble que je lui dis merci, et bonne journée, je tire une première taf depuis 6 mois, je pensais qu’elle me ferait tourner la tête mais non et je remonte la rue jusqu’au parking en pleurant franchement cette fois, je me fous des gens qui me croisent, j’ai besoin de ça une dernière fois. Une heure de virages plus tard je serai prête. Et libérée.

Est-ce que je suis guérie ? (à écrire lire relire ces mots pareil l’émotion me traverse  me transperce, dans le silence de la maison du matin)

Je ne sais pas. Je me connais mieux, je vois les câbles barbelés qui ont tenu serrées les générations et fait souffrir. Je veux savoir les éviter à présent. Et les éviter  à mes enfants.

En brave petite patiente consciencieuse j’ai posé par écrit cette dernière séance (« écrits - D.O. séances 2017 n° 82 ») et j’ai voulu, comme cet abruti d’Orphée, jeter un œil en arrière :

Mai 2013, séance n° 3 : quelle est votre représentation du féminin ? Je dis « c’est la silhouette ratatinée qui pleurniche dans le fauteuil ».

Voilà d’où je suis partie. Voilà exactement où j’étais il y a ces foutues 4 années.

La baba était là, mais meurtrie.

Aujourd’hui elle me donne la main, et je la berce dans  mes mots, nous sommes cet axe qui me tient en vie. Cet axe qui vit.

Alors merci.

Parce qu’après ces 4 années de thérapie, je suis revenue des Enfers, je suis rentrée chez moi, pas où l’on voulait que je sois, pas où l’on avait décidé pour moi, mais vraiment chez moi. Et si la vie continue sa turbulence et bien, je serai là.

 

à Patricia et D.O.

H.F.THIEFAINE...La pensée des morts....Inedit...Ultra rare.

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27 février 2017

échographie

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j'ai dans les doigts un texte pas encore écrit

un texte qui  parlera  de vie

d'étape

d'arrivée

et de départ aussi

de deuils à faire

de colère

de passé

de présent

 

un texte autour duquel je tourne depuis les cartes mentales posées à même le plancher

jeudi dernier

dans ce petit bureau où je me suis

pendant  4 ans

4 longues

difficiles

éprouvantes

riches années

ce petit bureau

où je me suis

vidée

 

ce texte j'ai peur de l'écrire

c'est la peur qu'a la mère

la main sur son ventre plein

le sourire sur ses lèvres

de l'attente aussi

voilà pourquoi je tape un peu au kilomètre aujourd'hui

je lui tourne autour

j'essaie de le séduire

je le mastique avec les mâchoires de l'âme

en  inversant les lettres et les syllabes

avec prudence

je le frissonne au bout des doigts je le danse

 

- en attendant je repeins

je refais la tapisserie

j'arrange le berceau

pour que le refuge de l'isba

soit plus lumineux

et plus beau

marais vivant

reprenant sa course.

 

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06 février 2017

La fille d'Alice

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[En illustration, une oeuvre de Susan Seddon Boulet]

 

C’est une fille aux yeux de biche

Traquée sans trêve, elle volte et défriche

C'est elle qui tient la herse

Sillonnant mes tourments

De sa paume large et lisse

 

Elle a survécu en ouvrant grand

Cette porte qu’il fallait ignorer

Là-bas

Dans le noir de mes pensées

Elle a rué dans l’inconscient

Et l’espoir d’une vie

Sans faux-semblant

 

Quand je me retrouve à m’appliquer

A tracer de jolis traits

A gommer langue tirée

Les douloureuses aspérités

Elle vient me tirer par la main

Elle m’entraîne dans le grand bain

Celui que j’ai voulu éviter

Morte née

 

Elle est belle, rousse et libre

La fille née des livres

Elle a cet œil un peu abîmé

De ceux qui regardent dans la fosse

Avec le courage des cabossés

 

Je veux

Bon dieu je veux oui la transmettre

La fille née des lettres

Qui a sous les doigts la peinture du cœur

Et des mots les couleurs

Amour  et noir, éclaboussures

Amère et rouge armure

 

Je veux m’aider à l’accoucher

Qu’elle vive qu’elle vibrillone

Vrille libre et  bouillonne

Qu’elle soit femme et brouillonne

La fille qui martèle

Le plancher grinçant de mes rêves

Encore et encore

Jusqu’à ce que je comprenne.

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23 janvier 2017

La complainte d'Einstein*

 

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* OU  : le blues de la relativité, bébé

 [illustration : des animaux gavés au virtuel, représentants d'une espèce hélas en expansion.]

 

On s’ennuie de tout mon ange et ce n’est pas ta faute**

 

Un fantoche à mèche à nouveau élu président

Bafoue la moitié de l’humanité

Pendant que l’autre dort sous les bombes

Les corps se taisent devant les tombes

Pas grave

 

Nous bavassons à n’en plus finir

Egos sans trique occupés à vomir

Nos immondices virtuelles

Dans un monde poubelle

Pas grave

 

Nous haïssons nos pères

Et nos enfants vivront à crédit

Héritiers maintenus en  dépendance

Perfusions sous enfance

De rêves impubères

 

Pas grave

 

Nos doigts sont hérétiques

Nous inventons un nouveau monde

Où toucher ne sera plus nécessaire

Jouissons au commentaire

  

Pas grave

 

Le globe a rétréci,

Et sous nos gants tactiles

Il hoquète un savoir abstrait et imbécile

Pendant qu’au fond de la mine

Toujours on trime

 

Pas grave

 

Il y a toujours quelque part

Une machine en veille qui purge nos SOS

Pour nous mener au septième ciel

D’une société trans-matricielle

Pas grave

 

Rendors-toi

Tu ne vis pas.

 

** rendons à César etc. et à Valmont-Merteuil ce clin d'oeil.

 

These Systems Are Failing

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07 janvier 2017

Au charbon*

 

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["1276ème réunion de rédac : et c'est pas fini ! " : en illustration, les deux pages centrales du Charlie Hebdo du 4 janvier 2017, par Riss. ]

  Je n’aime pas les anniversaires et encore moins les trucs en « tion » (célébrations, commémorations) …cela m’ennuie de penser comme tout le monde et à heure fixe. Mes morts je pense à eux et je les chéris sans chrysanthème, en respirant l’odeur des forêts qu’ils ont aimées, en tournant les pages d’un livre, en  me récitant quelques vers partagés. 

 Mais je comprends le besoin que l’on a, peut-être, parfois, à s’unir dans la pensée, à se mettre à plusieurs autour de la boite de mouchoirs en papier….   

 J’ai envie d’écrire, parodiant la réplique d’un président-marionnette des Guignols, « Putain, deux ans, déjà ! »   

 Deux ans que notre vie a été bouleversée à tout jamais.

 Il y a quinze ans et quelques mois, je revenais de la maternité  avec dans les bras un petit paquet d’espoir duveteux… à présent le petit paquet fait presque deux mètres et oui il est notre vie et notre espoir, génération d’un avenir qui s’est dessiné il y a  15 ans de façon bien sombre sur un ciel bleu de septembre et deux tours martyres. 

 Il y a deux ans, j’entrais comme tout le monde dans cette nouvelle année, l’esprit encore mal réveillé et le corps embrumé. Et comme pour le 11 septembre 2001 je n’oublierai jamais le 7 janvier 2015. D’abord l’incrédulité devant les images du JT à 13 heures, que je regardai avec mon fils. Puis quelques heures après la brutalité d’une annonce à la radio, une liste de noms : Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Elsa Cayat, Bernard  Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet… A ce moment-là comme tant d’autres,  je réalise que c’est ma vie qui a  été touchée. Le lendemain,  des Je Suis Charlie spontanément un peu partout, même dans ma petite ville du fin fond du trou du cul du monde (et ça fait loin  de Paris je vous assure).

 - Je pense que les frères Machin ont fait une belle boulette ce jour-là: on ne tue pas un symbole.

 Or depuis le 7 janvier  2015 c’est ce que Charlie est devenu. Charlie et plus largement : j’ai défilé le 11 janvier avec des gens qui tenaient un crayon, qui le portaient en chignon, qui l’ont déposé devant l’arbre de la Liberté, qui ont écrit ou dessiné.

 Voilà à présent de quoi nous sommes armés, nous qui ne sommes pas guerriers.

 Alors oui, Charlie, nous sommes vivants et nous oublions …parfois. Mais quelque chose est là, greffé depuis le 7 janvier, quelque chose de triste et de salé, quelque chose de révolté, charbon sur du papier (sublimissime chanson de Saez, écoutez-la vraiment). C’est peu, c’est beaucoup, je ne sais pas, j’ai pleuré il y a deux ans, et puis la force de cette émotion collective, je n’avais jamais ressenti ça et jamais depuis. C’est comme ça. Alors j’écoute la chanson de Saez, et moi je ne sais  pas dessiner, je prends les mots parce que je peux faire ça au moins. Et je lis Charlie Hebdo, qui est passé il y a deux ans de mon paysage mental (depuis que mon prof d’histoire de première nous dérivait les Unes de Pilote !!) à la table du salon. Merde aux cons. (Je sais c'est pas "merde" qu'on écrit normalement. mais...je n'y arrive pas.)

  * en référence  à la chanson de Damien Saez, "Tous les gamins du monde", extraite de l'album L'oiseau liberté que j'ai trouvé à Noël dans mon petit soulier.

 Ecoutez-la. J'aime beaucoup le montage qui l'accompagne, mais écoutez-la vraiment.

 

Damien Saez- Tous les gamins du monde

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