L'isba de la Baba Yaga

10 avril 2018

Self Control

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Les drones obscurs

D'une pensée cannibale

Vrombissement à l'intérieur de mon crâne

 

Je brûle sans douceur

Les petits papiers du diable

Les yeux écarquillés dans le soir qui crachote

 

Indécise peut-être 

L'indulgence est  un luxe  illusoire 

Que je ne sais  me permettre 

 

- Ivresse de ris de veau et de salmonelles 

Le petit lapin est mort 

Et Niels Arestrup ricane en bout de table. 

*

 

 

illustration : une oeuvre de l'artiste Nicolas Bruno : 

allez visiter son site,

j'adore, j'y retournerai je pense,

pour y piocher d'autres démences ;)

http://www.nicolasbrunophotography.com/PORTFOLIO 

 

 

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28 mars 2018

down the river Ophelia goes

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PETER HAMMILL - OPHELIA (1984)

 

illustration : ophelie ; John Everett Millais 1851-1852

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16 février 2018

Mets ton beste klet'che * !

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Malo-les-bains : on y sera ! en attendant je bourdonne comme une abeille ouvrière, je bricole et je pomponne, je couds (si si !! ) et je découds (surtout !) , je prépare les masques,  je  remplis les flasques,  je prends plaisir chaque jour à préparer notre départ pour la ville de Jean Bart, notre séjour dans la "sous- préfecture la plus septentrionale de France" dixit Wikipédia : une véritable expédition, 9 heures de route, pour découvrir les spécialités du Nord  et les masquelours* avec leur klet'che* coloré , en tachant de pas fuser dans la draille*  ! Mais j'arrête de leuler*, j'ai mes valises à faire moué !

A noste Kêe* !

*petit lexique ici  

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03 janvier 2018

Je marche dans la nuit par un chemin mauvais*

AAA

 

* un vers issu d'un poème d'Alphonse de Lamartine mais qui est aussi le titre d'une pièce de théâtre qui m'a beaucoup touchée ( Cie Madani,  lien ici ).

 

La balancelle bascule sa carcasse

Le vent sur la terrasse

Caresse ce matin des spectres

Assis sur du vide

Ils serrent entre leurs mains des cœurs desséchés

Des regards morts et des peurs calcinées

Au fond d’un bol de café

 

J’ai froid et je ne veux plus pleurer

 

Je veux me cuirasser

Livrer aux vers

Ce qui reste d’amour d’émotion, de belles choses

Laisser la noirceur vriller

Que les lèvres enfin

Restent closes

 

Sommes-nous et pour toujours

Cet enfant désespéré ?

 

Nous avons construit nos os émotionnels

Sur les sanglots d’autrefois

Ces émotions soudaines, à  rebrousse-ciel

Un désespoir si absolu et si froid

Que nous ne saurons plus voir que son ombre ténue

Brisée en poudre blanche

Ou bue

 

Je veux me cuirasser

Arrêter de dévaler les escaliers affectifs d’un Potemkine de salon

Or au contraire ce que j’ai fait

Depuis que la baba est née

C’est amollir mes barrières ressentir

M’ouvrir

-vous vouliez m’enfermer

 

Cela ne finira-t-il jamais ?

Joy Division Day Of The Lords

 

 

 

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29 décembre 2017

Vue du ring

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Mes doigts sont vert pastel, drôle de maladie, d’espoir à tire d’elle. J’ai remisé mes cendres dans la boite noire d’un appareil scratché en vol, j’ignorais sa destination, de toute façon. Dans le casque le poète aux yeux gris dit ça roule, lady, engloutis-moi, et la maison silencieuse fait bulle autour de moi. Je tape vite, sans effort, pas assez fort, une lettre sur deux seulement s’affiche sur l’écran, cela m’amuse, ma muse, je corrige la ligne précédente, les syllabes inversées racontent une autre histoire, celle où mes yeux affleurent sous la surface visqueuse du marais. La créature me guide entre les flaques boueuses – flaque est fait pour appeler boueuse, on pourrait essayer avec boues flaqueuses mais ça fait pas pareil, groseille. Elle sautille devant moi et se retourne parfois, son visage aux traits grotesques étire un sourire sournois, c’est Golum incarné dans mes rêves et moi je boitille à sa suite, un pied enfoncé dans la vase et l’autre tendu vers la terre ferme. Eternel combat. Il m’arrive de l’oublier dans la frénésie du quotidien, lorsque chaque heure est tachycarde et bouffe demain, il m’arrive oui d’oublier que je vis dans un ring avec à ma droite mesdames zé messieurs, la baaaaabaaaaaa, sa gueule déchirée cousue d’ombre et ses doigts d’encre noire, dans les cordes face à elle, j’ai nommé mééémère en pantoufle et cheveux attachés , le bujo à la main et le sourire aux lèvres… et bim d’un coup ajusté je viens de me sécher.

Mes doigts sont vert pastel, j’ai joliment colorié mes calendriers de janvier, plutôt éviter de penser, de laisser connecter certaines zones du cerveau ho ho ho, attention ça va vite, risque de hors-piste j’ai déjà dévié cela ne doit pas recommencer nous avons voyez-vous érigé des barrières, celles qui étaient en poussière, il ne s’agirait pas de se perdre à nouveau sous les bouleaux, le dieux sont jaloux de nos corps nous balayons l’éternité attention l’auteur s’est permis ci-devant d’insérer une citation sans guillemets, petite sauras-tu la trouver , j’ai la nostalgie des jours qui s’étendaient sur le clavier, lorsque l’écran était vivant et que je vivais dedans. Je me dégourdis les doigts ce matin petite balade pour faire respirer mes loups, il n’a plus neigé depuis deux jours mais il fait si froid que les flocons sont figés dans leur forme primitive, j’ai dans la tête des milliers d’images neigeuses et glacées, pouvoirs de la pensée.

Il est presque dix heures, j’ai rêvé cette nuit que j’abandonnais ma voiture et que je continuais à pied, je retournais dans le quartier de mon enfance, les trottoirs blancs m’étouffaient, je suis passée devant le chalet du stade, en face il y a cette maison avec la haie, je sais que derrière le chien est en embuscade, il va aboyer et moi je vais quand même sursauter, mais dans le rêve je suis sur l’autre trottoir et je ne l’entends pas. Je me suis réveillée avec l’envie de retourner au marais.

[pour illustrer cette babafouille, un artiste que j'aime beaucoup en ce moment : Anders Rokkum]

chambre 2023 et des poussières

 

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24 décembre 2017

Rubans et pain d'épices

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J'ai passé la matinée d'hier à faire le lutin, à découper, scotcher, enrubanner ... et le résultat est entassé dans mon bureau, petits et gros paquets qui cette année valent plus  par le temps et le soin que j'ai pris pour les choisir et les emballer que pour leur valeur marchande. Autant pour le consumérisme qui veut que le budget se fasse des tours de reins pendant que l'on envisage d'en vendre un justement, pour financer le dernier téléphone ou une paire de chaussure de marque. Je fais avec ce que j’ai. Des sous : pas beaucoup, de l’amour : en quantité.

Le sapin trône dans la salle à manger, et il nargue nos années de vaches maigres.

Les jours vont commencer à grandir. La lumière au cœur de la nuit revient.

Pas de naissance à fêter pour moi, pas d’enfant sur la paille ni d’âne et de bœuf autour de la crèche. Mais le bonheur d’avoir autour de moi ceux que j’aime.  Simple, finalement.

Je vous souhaite de belles fêtes. Lumineuses et gaies.

Et pour finir l’année – car on n’y échappe pas, avant les bonnes résolutions le bilan :

en 2017 qu’avez-vous perdu* ?

Qu’avez-vous trouvé** ?

Qu’avez-vous appris*** ?

*Mes clés / **mes clés / ***à faire du pain d’épices.

Les Minions - Joyeux Noël [Au cinéma le 8 juillet 2015]

 

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09 décembre 2017

au Bujo !

bujo

 

La semaine a laissé des traces, fatigue diffuse, intellectuelle autant que physique. Un microbe hivernal s'est invité et me donne à voir le monde à travers un voile, j'entends des sons étouffés, et je me sens mi-frissons mi-glaçons. Bref, décembre.

Devant moi, une trousse en cuir crasseux dégorge ses crayons  aux couleurs vives  et un feutre noir. J'ai relégué les cahiers à petits carreaux sur les étagères déjà bien encombrées de mon bureau. Et j'ai commencé un "bujo", un bullet journal - une sorte d'agenda fait maison. 3 semaines que je m'y tiens, que je crayonne et colorie, que j'organise et que je coche (passer à la bibli : fait ! tel assurance : fait ! aller chercher sapin de noël : à faire si neige a fondu etc). C'est très satisfaisant, cela donne une impression grandiose de maîtrise du temps et pis le coloriage sans dépasser, il y a longtemps que je n’avais pas pratiqué. Toute à l’esprit de Noël je crayonne ici et là quelques étoiles, cadeaux enrubannés, c'est choupinou comme tout. Et ça détend.

J’ai attaqué des listes, aussi.  Les bujotteuses –heu oui c’est surtout une activité féminine, enfin sur youtube j’ai pas encore vu un gars faire un tuto pour montrer comment qu’il sait faire des calendriers tout beaux. Cliché, j’avoue mais vérifié – les bujotteuses, donc, ont la passion des listes. Liste des livres lus, liste des livres à lire (la PAL, la Pile à Lire – plus elle est haute et mieux ça fait)  liste des films vus, des films à voir (la FAV ??) liste des courses, listes de trucs à faire (la TDL, la «  to do list » car la bujoteuse aime aussi se la péter en anglais), liste des anniversaires, listes à la Prévert …). Donc,  je note les bouquins que je lis. Mois par mois. Une vingtaine pour novembre et pour l’instant 5 en  décembre. Vous excitez pas, il y a pas mal de littérature jeunesse dans le tas donc vite lus. Et mignon tout plein. (bon pour compenser j’ai tout de même lu Sharko de Thilliez, bien glauque, à la Grangé). Cela donne une idée de mon temps, partagé entre le boulot, les bouquins et le bujo.

…mais …fichtre on se refait pas, et tout ce rouge et vert étoilé va finir par me rendre dingue. Je me dis que je vais me faire une double page d’inspiration Burton pour contrebalancer le trop de pastel. Et puis… il y a la place à garder pour la baba. Là j’avoue que je n’ai pas tenu mes résolutions de septembre (y consacrer une partie de mon vendredi aprem chaque semaine). Du coup, là je sens que « ça s’agite » un peu …le marais, la boue, ça remonte le courant et vient clapoter jusque sous mon oreiller, mes rêves me rappellent à moi-même. C’est régulièrement ces jours-ci que je reviens à la vieille maison, isba métaphorique trans-générations. Cette nuit il s’agissait d’en partir, mais la voiture trop chargée recrachait certains objets, dont un plateau ancien de jeu de petits chevaux … message limpide, laisser au marais ce qui est au marais, laisser au passé ce qui est au passé. Mais le marais est mien, et ce n’est pas en visiteuse que j’y reviens. J’y existe. Ce n’est pas dans des cases coloriées en rose et vert que j’habite. Mais devant la rivière, sous les branches nues des bouleaux, dans la cabane où je me suis retranchée pour écrire et rêver.

 

Un chant de Noël - La Drôle D'Humeur D'Alison Wheeler

 

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10 novembre 2017

Le murmure des fontaines

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La tombe s’est ouverte et j’ai croisé les doigts 

Pour que remontent ceux que je croisais autrefois 

Quand écrire scarifiait mes journées 

Quand j’étais ivre 

Et me donnais 

Sur le pont du bateau j’ai croisé des aurores 

Cinglantes et chamarrées 

Je me suis crue invincible 

Enfin nue 

J’ai dansé sur des airs nouveaux 

Dont les vers sinuaient sous ma peau 

La vapeur nouvelle m’était montée à la tête 

Devant moi le sol ouvert m’avait promis 

Des chutes exemplaires 

Des cryptes ensevelies

 

J’ai vomi plus bas que terre 

Les épaules secouées de sanglots 

J’ai frappé ma tête contre les murs de la cage 

Ravagée par l’orage 

J’ai hurlé en griffant l’invisible et j’ai eu mal 

Des spirales dorées m’ont enlevée 

J’étais là j’étais ailleurs 

Auprès des morts et des spectres 

Vivante enfin d’un orgueil immense 

J’ai bavé les scories d’un rêve inavouable 

Léché le goût suave 

De la tristesse et du silence 

J’ai senti enfin gonfler ma chair 

Fouillé la boue à m’en ouvrir les paumes 

Mes ongles grattaient la plaie jusqu’à voir 

Le sang couler 

Epais et noir

 

La tombe s’est ouverte et j’ai monté les marches 

J’ai vécu clandestine sur le crêt d’une étoile 

Ecoutant la rumeur de villes lointaines 

Et sous les voiles 

Le murmure des fontaines.

 

 

 

[illustration : "dreams" ; Di Oliver ; site ici]

 

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29 octobre 2017

Rencontre matinale

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[illustration : Shaun the sheep ]

 

Je l’ai reconnu tout de suite, avec sa touffe de cheveux jaunes et sa salopette pattes d’eph. Il m’avait tellement agacée, celui-là, quand j’étais petite, avec ses  questions et ses aphorismes. Peut-être parce que je sentais qu’il n’était pas authentique, une supercherie bien illustrée  à laquelle une grande personne prêtait sa voix, de façon certes réussie mais tout de même. Ce n’est qu’adulte que j’ai commencé à apprécier sa fausse simplicité, peut-être étais-je moins affûtée. A côté de lui gambadait naïvement un mouton de papier.   

-  Pourquoi écris-tu ? me demanda-t-il, sans rancune, de sa voix flûtée.

J’eus très envie de l’ignorer ; d’abord était-ce bien lui ?  Je ne voyais de rose nulle part, seul ce mouton agaçant qui se mit à tirer doucement sur les lacets défaits de mes baskets.

-   Où est ta rose, rétorquai-je ?

Il n’eut pas l’air aussi déstabilisé que je l’avais escompté. Penchant la tête sur le côté, il me répondit avec sérieux :

-   Je l’ai laissée à l’abri sous son globe. Les nuits sont fraiches, je ne veux pas qu’elle gèle. C’est fragile, une fleur. Surtout lorsque c’est la fleur qu’on aime.

Il n’avait pas changé.

-   Pourquoi écris-tu ? reprit-il.

J’hésitai. Il me fallait donner une réponse, car je le soupçonnais de n’être pas soumis aux mêmes exigences temporelles que moi et d’être capable de poser sa question ad vitam aeternam. J’éloignai le mouton d’un discret mouvement du pied droit.

-  Pour être lue.

Cela me paraissait imparable. Court, efficace, presque péremptoire.

-  Pourquoi veux-tu qu’on te lise ?

Je soupirai. J’avais été bien naïve de croire m’en tirer à si bon compte. Le mouton profita  de mon désarroi pour s’attaquer vigoureusement au pied gauche.

-  Et bien … pour partager ce que j’écris. Je fabrique des choses avec mes mots et je veux que les gens voient ces choses.

Là, même endormie à cette heure matinale, je me doutais bien que cela ne  suffirait pas. A ma grande surprise, il hocha la tête. Puis il regarda un instant autour de lui, je compris qu’il cherchait des yeux le mouton. Celui-ci avait fini  par se désintéresser de mes chaussures et broutait nonchalamment une touffe de bruyère. Après un temps, le Petit Prince m’adressa à nouveau la parole.

-   Et … à  quoi ça sert, ce que tu écris ?

Je commençais à être agacée. Il était tôt, je n’avais pas encore bu mon café et cette discussion commençait à tourner en rond. Je répondis plutôt vivement :

-  Pourquoi faudrait-il que cela serve à quelque chose ?

-  Tout ce que l’on fabrique sert à quelque chose, m’assura-t-il. Un menuisier fabrique des chaises, elles servent à s’asseoir dessus … Un boulanger fabrique du pain, cela sert à nourrir les gens … on m’a fabriqué un globe, cela sert à protéger ma rose. A quoi sert ce que tu écris, répéta-t-il plus lentement, après s’être un peu emballé.

-  Cela sert à ….

J’étais bien embêtée. Je ne m’étais jamais posé la question en ces termes. Je m’étais demandé souvent si ce que j’écrivais valait quelque chose, si c’était « bon ». Si cela avait un intérêt- pour quelqu’un d’autre que moi, j’entends. S’il n’était pas ridicule de libérer ces mots décousus, de les laisser fredonner une mélodie audible, d’entrebâiller au monde la porte close de mon grenier. Je savais ce que moi j’y trouvais – une liberté, une ouverture, une joie que je m’interdisais peut-être ailleurs. J’ai toujours défendu la nécessité absolue de l’inutile, mais me ranger soudain dans cette catégorie avait tout à coup quelque chose de blessant. Il dut sentir ma perplexité.

-  A ranger des choses, comme une sorte d’étagère des sentiments ? proposa-t-il. Ou bien … à faire pousser des idées, des liens, comme un…engrais émotionnel ?

Il avait peut-être un peu grandi finalement, il employait des mots bien savants pour son âge. Peut-être était-ce sa rose qui lui avait appris à se planquer ainsi sous le feuillage rassurant des métaphores. Il était lancé, répondant avec enthousiasme  à sa propre question :

-  Ou encore…à nourrir les gens de ta perception du monde, à les enrichir de ta vision ? à vendanger tes émotions et à les présenter, encore sans filtre, à boire dans un verre transparent ?

 Il s’emballait, je ne pouvais plus en placer une. Il poursuivait :

-  Cela sert à rendre les gens différents,  affûter leurs sentiments ? une sorte de pierre à aiguiser l’âme ?

Le mouton, exalté, gambadait autour de nous. A vrai dire, tout cela était très beau, j’aimais bien chaque idée mais je n’étais pas sûre encore que ce soit cela. Ecrivais-je pour les autres, d’ailleurs ? Ma première réponse tout à coup me parut bien inadéquate.

-   Je crois que je me suis trompée…

Il marchait de long en large, suivi par le mouton qui secouait la tête d’un air niais.

-  Ah bon ? demanda-t-il l’air déçu.

-  Ce que j’écris … je ne crois pas que ce soit si utile que ça.

J’avais tout à coup très envie de pleurer. Je fixais mes pieds et le bout de mes lacets mâchonnés. Je ne pouvais pas affronter son regard et y lire ma tristesse en reflet.

-  D’ailleurs …

J’hésitai à  poursuivre. Je savais que j’allais lui faire du mal et cela m’importait un peu, au bout du compte. J’avais fini par m’attacher.

-  Ta rose non plus, elle n’est pas utile. Si le gel fend le globe et qu’elle meurt, le cours des étoiles n’en sera pas changé, crois- moi. Si j’arrête d’écrire, personne ne le saura. Personne n’a besoin de mes mots.

J’avais pensé qu’il aurait de la peine. Mais je m’étais trompée. Il était en colère. Il tapa de son petit pied dans un tas de feuilles mortes  et me répondit avec force :

-  Ce n'est pas vrai ! Pour ma rose, si elle meurt, il n’y aura plus jamais d’étoiles ! Pour tes mots, je ne sais pas, faut-il  vraiment que quelqu’un en ait besoin pour qu’ils existent ?  Ma rose existait avant que j’aie besoin d’elle.

Il semblait si sûr de lui, si réel et si vivant que j’eus très envie de le croire.

-  Alors… d’après toi, j’écris pour exister ?

Le glouglou de la cafetière me tira de ma rêverie. Je me retrouvai seule dans la cuisine froide, le chien couché presque sur mes pieds. Je remarquai que mes lacets étaient défaits et mouillés.

 

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27 octobre 2017

Pourquoi écrire* ?

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...je sais que je ferai un article à ce propos (ou pas ), j'ai juste envie de poster ici une phrase lue dernièrement ...

* alors qu'on peut manger de la glace au chocolat, crapahuter dans les feuilles mortes, aller  à un concert, bouquiner devant un feu de bois, danser sur une valse noire, manger de l'osso bucco, aller chez et non au coiffeur, commencer (ou finir) une thérapie, rester toute la journée au lit, rêver sa vie, offrit un bon "une journée parfaite" et l'utiliser -ou pas - étendre les draps dehors  parce qu'enfin cet automne il est anormalement chaud vous  ne trouvez pas, faire (et manger) une pizza, ne  pas ramasser de bolets cette année, se boire un chocolat, laisser l'aspirateur où il est (bouché à cause de l'araignée), téléphoner à une amie, ou bien laisser sonner, froisser son âme devant le crépuscule, chercher ce que veut dire "nodule", oublier de confirmer le rendez-vous, se souvenir de tout, marcher à grands pas, acheter du lait Nestlé, le boire en une seule fois, regarder Astérix Mission Cléopâtre et se bidonner pendant que tu dors à côté, inviter des amis pour mercredi, organiser trier, aimer, virer , faire une heure de vélo elliptique en écoutant chanter le fou, se demander qui a inventé la roue, mettre un point-virgule au lieu d'un point final ;

(ah ah ça vous titille, cette fin bancale! )

 

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