L'isba de la Baba Yaga

10 novembre 2017

Le murmure des fontaines

 iur

 

La tombe s’est ouverte et j’ai croisé les doigts 

Pour que remontent ceux que je croisais autrefois 

Quand écrire scarifiait mes journées 

Quand j’étais ivre 

Et me donnais 

Sur le pont du bateau j’ai croisé des aurores 

Cinglantes et chamarrées 

Je me suis crue invincible 

Enfin nue 

J’ai dansé sur des airs nouveaux 

Dont les vers sinuaient sous ma peau 

La vapeur nouvelle m’était montée à la tête 

Devant moi le sol ouvert m’avait promis 

Des chutes exemplaires 

Des cryptes ensevelies

 

J’ai vomi plus bas que terre 

Les épaules secouées de sanglots 

J’ai frappé ma tête contre les murs de la cage 

Ravagée par l’orage 

J’ai hurlé en griffant l’invisible et j’ai eu mal 

Des spirales dorées m’ont enlevée 

J’étais là j’étais ailleurs 

Auprès des morts et des spectres 

Vivante enfin d’un orgueil immense 

J’ai bavé les scories d’un rêve inavouable 

Léché le goût suave 

De la tristesse et du silence 

J’ai senti enfin gonfler ma chair 

Fouillé la boue à m’en ouvrir les paumes 

Mes ongles grattaient la plaie jusqu’à voir 

Le sang couler 

Epais et noir

 

La tombe s’est ouverte et j’ai monté les marches 

J’ai vécu clandestine sur le crêt d’une étoile 

Ecoutant la rumeur de villes lointaines 

Et sous les voiles 

Le murmure des fontaines.

 

 

 

[illustration : "dreams" ; Di Oliver ; site ici]

 

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29 octobre 2017

Rencontre matinale

shaun_the_sheep

[illustration : Shaun the sheep ]

 

Je l’ai reconnu tout de suite, avec sa touffe de cheveux jaunes et sa salopette pattes d’eph. Il m’avait tellement agacée, celui-là, quand j’étais petite, avec ses  questions et ses aphorismes. Peut-être parce que je sentais qu’il n’était pas authentique, une supercherie bien illustrée  à laquelle une grande personne prêtait sa voix, de façon certes réussie mais tout de même. Ce n’est qu’adulte que j’ai commencé à apprécier sa fausse simplicité, peut-être étais-je moins affûtée. A côté de lui gambadait naïvement un mouton de papier.   

-  Pourquoi écris-tu ? me demanda-t-il, sans rancune, de sa voix flûtée.

J’eus très envie de l’ignorer ; d’abord était-ce bien lui ?  Je ne voyais de rose nulle part, seul ce mouton agaçant qui se mit à tirer doucement sur les lacets défaits de mes baskets.

-   Où est ta rose, rétorquai-je ?

Il n’eut pas l’air aussi déstabilisé que je l’avais escompté. Penchant la tête sur le côté, il me répondit avec sérieux :

-   Je l’ai laissée à l’abri sous son globe. Les nuits sont fraiches, je ne veux pas qu’elle gèle. C’est fragile, une fleur. Surtout lorsque c’est la fleur qu’on aime.

Il n’avait pas changé.

-   Pourquoi écris-tu ? reprit-il.

J’hésitai. Il me fallait donner une réponse, car je le soupçonnais de n’être pas soumis aux mêmes exigences temporelles que moi et d’être capable de poser sa question ad vitam aeternam. J’éloignai le mouton d’un discret mouvement du pied droit.

-  Pour être lue.

Cela me paraissait imparable. Court, efficace, presque péremptoire.

-  Pourquoi veux-tu qu’on te lise ?

Je soupirai. J’avais été bien naïve de croire m’en tirer à si bon compte. Le mouton profita  de mon désarroi pour s’attaquer vigoureusement au pied gauche.

-  Et bien … pour partager ce que j’écris. Je fabrique des choses avec mes mots et je veux que les gens voient ces choses.

Là, même endormie à cette heure matinale, je me doutais bien que cela ne  suffirait pas. A ma grande surprise, il hocha la tête. Puis il regarda un instant autour de lui, je compris qu’il cherchait des yeux le mouton. Celui-ci avait fini  par se désintéresser de mes chaussures et broutait nonchalamment une touffe de bruyère. Après un temps, le Petit Prince m’adressa à nouveau la parole.

-   Et … à  quoi ça sert, ce que tu écris ?

Je commençais à être agacée. Il était tôt, je n’avais pas encore bu mon café et cette discussion commençait à tourner en rond. Je répondis plutôt vivement :

-  Pourquoi faudrait-il que cela serve à quelque chose ?

-  Tout ce que l’on fabrique sert à quelque chose, m’assura-t-il. Un menuisier fabrique des chaises, elles servent à s’asseoir dessus … Un boulanger fabrique du pain, cela sert à nourrir les gens … on m’a fabriqué un globe, cela sert à protéger ma rose. A quoi sert ce que tu écris, répéta-t-il plus lentement, après s’être un peu emballé.

-  Cela sert à ….

J’étais bien embêtée. Je ne m’étais jamais posé la question en ces termes. Je m’étais demandé souvent si ce que j’écrivais valait quelque chose, si c’était « bon ». Si cela avait un intérêt- pour quelqu’un d’autre que moi, j’entends. S’il n’était pas ridicule de libérer ces mots décousus, de les laisser fredonner une mélodie audible, d’entrebâiller au monde la porte close de mon grenier. Je savais ce que moi j’y trouvais – une liberté, une ouverture, une joie que je m’interdisais peut-être ailleurs. J’ai toujours défendu la nécessité absolue de l’inutile, mais me ranger soudain dans cette catégorie avait tout à coup quelque chose de blessant. Il dut sentir ma perplexité.

-  A ranger des choses, comme une sorte d’étagère des sentiments ? proposa-t-il. Ou bien … à faire pousser des idées, des liens, comme un…engrais émotionnel ?

Il avait peut-être un peu grandi finalement, il employait des mots bien savants pour son âge. Peut-être était-ce sa rose qui lui avait appris à se planquer ainsi sous le feuillage rassurant des métaphores. Il était lancé, répondant avec enthousiasme  à sa propre question :

-  Ou encore…à nourrir les gens de ta perception du monde, à les enrichir de ta vision ? à vendanger tes émotions et à les présenter, encore sans filtre, à boire dans un verre transparent ?

 Il s’emballait, je ne pouvais plus en placer une. Il poursuivait :

-  Cela sert à rendre les gens différents,  affûter leurs sentiments ? une sorte de pierre à aiguiser l’âme ?

Le mouton, exalté, gambadait autour de nous. A vrai dire, tout cela était très beau, j’aimais bien chaque idée mais je n’étais pas sûre encore que ce soit cela. Ecrivais-je pour les autres, d’ailleurs ? Ma première réponse tout à coup me parut bien inadéquate.

-   Je crois que je me suis trompée…

Il marchait de long en large, suivi par le mouton qui secouait la tête d’un air niais.

-  Ah bon ? demanda-t-il l’air déçu.

-  Ce que j’écris … je ne crois pas que ce soit si utile que ça.

J’avais tout à coup très envie de pleurer. Je fixais mes pieds et le bout de mes lacets mâchonnés. Je ne pouvais pas affronter son regard et y lire ma tristesse en reflet.

-  D’ailleurs …

J’hésitai à  poursuivre. Je savais que j’allais lui faire du mal et cela m’importait un peu, au bout du compte. J’avais fini par m’attacher.

-  Ta rose non plus, elle n’est pas utile. Si le gel fend le globe et qu’elle meurt, le cours des étoiles n’en sera pas changé, crois- moi. Si j’arrête d’écrire, personne ne le saura. Personne n’a besoin de mes mots.

J’avais pensé qu’il aurait de la peine. Mais je m’étais trompée. Il était en colère. Il tapa de son petit pied dans un tas de feuilles mortes  et me répondit avec force :

-  Ce n'est pas vrai ! Pour ma rose, si elle meurt, il n’y aura plus jamais d’étoiles ! Pour tes mots, je ne sais pas, faut-il  vraiment que quelqu’un en ait besoin pour qu’ils existent ?  Ma rose existait avant que j’aie besoin d’elle.

Il semblait si sûr de lui, si réel et si vivant que j’eus très envie de le croire.

-  Alors… d’après toi, j’écris pour exister ?

Le glouglou de la cafetière me tira de ma rêverie. Je me retrouvai seule dans la cuisine froide, le chien couché presque sur mes pieds. Je remarquai que mes lacets étaient défaits et mouillés.

 

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27 octobre 2017

Pourquoi écrire* ?

018

...je sais que je ferai un article à ce propos (ou pas ), j'ai juste envie de poster ici une phrase lue dernièrement ...

* alors qu'on peut manger de la glace au chocolat, crapahuter dans les feuilles mortes, aller  à un concert, bouquiner devant un feu de bois, danser sur une valse noire, manger de l'osso bucco, aller chez et non au coiffeur, commencer (ou finir) une thérapie, rester toute la journée au lit, rêver sa vie, offrit un bon "une journée parfaite" et l'utiliser -ou pas - étendre les draps dehors  parce qu'enfin cet automne il est anormalement chaud vous  ne trouvez pas, faire (et manger) une pizza, ne  pas ramasser de bolets cette année, se boire un chocolat, laisser l'aspirateur où il est (bouché à cause de l'araignée), téléphoner à une amie, ou bien laisser sonner, froisser son âme devant le crépuscule, chercher ce que veut dire "nodule", oublier de confirmer le rendez-vous, se souvenir de tout, marcher à grands pas, acheter du lait Nestlé, le boire en une seule fois, regarder Astérix Mission Cléopâtre et se bidonner pendant que tu dors à côté, inviter des amis pour mercredi, organiser trier, aimer, virer , faire une heure de vélo elliptique en écoutant chanter le fou, se demander qui a inventé la roue, mettre un point-virgule au lieu d'un point final ;

(ah ah ça vous titille, cette fin bancale! )

 

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23 octobre 2017

Sisyphe ou le blues du bousier

 

 

 

catherine_Hyde

 

Illustration   Catherine Hyde, d'autres oeuvres ici

 

...Où l'auteur fait ce qu'elle sait faire le mieux

S'apinoyer dans les regrets

Remordiser les si j'avais 

Le neurone vaillant à rebours du  temps

Le corps tétanisé 

 

Cela ne m'étonnerait pas que les rêves 

Me ramènent à la vieille maison

La vigne-lèpre rouge feuilles 

Balance au vent du nord

Ce que je n'ose exister 

 

Je refoule  alors mon amertume

Dans ma propre valise 

Panoplie de vers rouillés 

Pour exorciser l'emprise

Je de mots à deux balles

Celles que je ne me suis pas tirées 

Instruite et timorée 

J'ai recyclé les désespoirs en solde

En sanglots d'occasion 

Et vers de mirliton

 

Pourquoi est-ce que cela me bouleverse à ce point

Ce n'est pourtant rien 

Ou pas grand-chose tout au moins

Façade clownesque

Vouée au ridicule

Du pas vécu de l'avorté 

Du pas donné 

Pardonné 

En brave fille qui a fait ce qu'il fallait

Qui transmet et qui procrée

Négligeable entité.

 

Pourtant

Ce sont par mes mains stériles 

Que les chemins se sont ouverts 

C'est parce que j'ai arraché les racines

Qui pourrissaient dans le sol depuis trois générations

Que la voie s'est dessinée

Sous les branches tordues des sycomores

Entre les fougères roussies du sentier

Au-dessus

En dessous 

Je vois chacun se libérer

Célébrant la jeunesse créative ,

La vie et sa beauté 

 

J'ai mal de ce qui ne se dit pas

De la vie qui va sans moi

Quand je reste un Sisyphe inepte

Ignorante et ignorée

A la conscience trop aiguisée.

 

musique : Nemanja RADULOVIC Dvorak songs my mother taught me

#665 Nemanja Radulovic - Chanson que ma mère m'apprenait (Acoustic Session)

 

Illustration   Catherine Hyde, d'autres oeuvres ici

 

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20 octobre 2017

cadence triste

Kurokawa_Inuko

 

Il faudrait savoir fermer

Les portes

A clé

Verrouiller les lettres mortes

Des âmes abandonnées

 

Il faudrait avoir appris

Que tout finit

Desserrer doucement la prise

De ces emprises

Qui mentent une vie d'infortunée

 

Mais que deviendront alors

Les espoirs murmurés

Les mots à peine dits

Jamais osés ?

 

Je ne crois pas avoir dans mes bagages

Les outils adéquats

Pour déconstruire et démonter

Pour faire comme si

Cela n'avait été

 

Je suis loyale à mes rêves

Jusqu'à l'absurdité

Alors j'ai greffé un cœur par-dessus l'autre

Leurs pulsations asynchrones

Me font boiter.

 

[illustration : Kurokawa Inuko, d'autres oeuvres ici ]

 

 

인터스텔라 Interstellar OST : "First Step" Piano cover 피아노 커버 - Hans Zimmer

 

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06 octobre 2017

bababla d'automne

 

Lisa_Vanin

 

[illustration : Lisa Vanin ; d'autres oeuvres ici]

Petit coup de mou...dire que j'y crois encore (j'y croâââââ  encore .... ) serait uuuuun peuuuu fooooort ...une crise d'à quoi bon serait plus juste pour qualifier ce que je ressens. 

Certes je prends toujours plaisir à feuilleter les pages de ce blog - plaisir quoique, les plus noires je les évite, elles sont là, c'est moi sur la ligne qui m'a conduite ici et maintenant, l'instant T comme Tétanisée, ça m'a toujours fait marrer l'instant T, quand j'étais petite je ne comprenais évidemment pas qu'il s'agissait du t de Time, je pensais que c'était parce qu'on entendait le son "te" dans le mot, après j'ai compris qu'il y en avait toute une famille, le Jour gît, l'Heure hâche ... chacun plus flippant que l’autre …

rôôô zut , alors que justement je me dis que à quoi bon, bref bref je me retrouve à délayer sur l'instant, le jour et l'heure, à blablater, à bababléer ... incorrigible je suis, va plutôt balayer les poils de ton pussetier.

J'ai sorti l'aspirateur, il me regarde de travers, le fil électrique sournoisement enroulé autour des pattes. J'ai mis en route le lave-vaisselle. J'ai ...quoi ? Qu'est-ce que je fais encore là, claquant le clavier comme si j'avais quelque chose à caqueter (belle allitération en k, si si reconnaissez, ça force le respect ) ?

Il fait un temps à arpenter les forêts. Les hêtres ont sorti leur écharpe de militant, les bouleaux tremblent un or qui n'en finit pas s'effeuiller dans un air pâle et froid, c'est un automne de fin des temps, un automne de derniers jours, si beau, toujours.

A quoi bon alors être tristement humain, à se vider en lettres noires sur écran total, à s’écorcher les synapses en vieux relents vains ….

Allez, stoppe tes jérémiades, prends donc un bain, sors ton chien, la vigne-vierge en a fini d’agoniser et cet automne l’aube est belle à pleurer.

Au Lecteur Attentif et Tatillon : ami du marais et visiteur occasionnel de mon isba poussiéreuse, tu remarqueras que, s'il a été question au cours de cette foutraquerie de passer l'aspi, le fil de mes pensées s'en est fort éloigné , souvent cela m'arrive, et je dérive ...

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24 septembre 2017

GES.LH/JH/

FOUGERE

[illustration retatouillée par mes soins- oeuvre originale : Abdullah Erkeç , site ici-  ]

 

Ai-je bien fermé la porte 

Qui donnait sur les eaux mortes ? 

Quand septembre m’embarque 

Je vois la rivière qui s’éloigne 

A grandes enjambées je marche sur l’asphalte 

Mon âme pressée 

Je compte les secondes 

Chaque matin je m’ouvre au monde

 

Est-ce ainsi que j’ai tourné le dos 

A l’alchimie noire, 

A l’attrait du désespoir ? 

Le sentier plein de ronce 

Tout à coup s’est ouvert 

Je prends de la vitesse 

Le vent sous mes paupières 

Chante encore la trace 

De mes amours fugaces 

Ai-je jeté la clé 

De la maison du marais ?

 

Septembre me veut forte 

Sous mes doigts frileux 

S’esquisse un avenir peut-être

Qui se lisait hier 

La masure devient refuge par la force des choses 

Faut-il à présent que j’ose ? 

Quel que soit le nom que je lui donne, 

Est-ce vrai qu’elle sera où j’irai

La cabane du marais, l’isba, la tombe, 

La forêt du bord des ombres ?

 

Le long de la route 

Les fougères ont roussi 

Et je prends mes doutes 

Bagages qui roulent 

J’avance, aussi.

 

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23 septembre 2017

Inerte et glacée

ahna_Valdez

 

Mon corps est froid et ne s’éveille pas sous ta main. Je sais pourtant qu’il faudrait, pour nous, pour demain, pour tout, pour rien. Je ne peux pas et je ne sais pas dire pourquoi. Je feins de dormir, ou je soupire, de toute façon ce message-là tu le reçois cinq sur cinq, tu es le cœur de cible et tes flancs se hérissent. Que puis-je faire de toute façon, je suis un glaçon. Que cela te blesse, aucun doute là-dessus. Et je tiens l’oreiller serré sur mon crâne, je voudrais étouffer mon âme, qu’elle cesse de rechigner, qu’elle soit enfin facile à désirer. Je sais à ta respiration que tu ne dors pas. Ton souffle est suspendu comme une menace qui ne se dit pas –et le simple fait que je ressente les choses ainsi est une injure. J’essaie de hurler dans ma tête pour combler la sirène stridente de nos silences. Mon cerveau ouvre ses caves et je descends les marches, tournant le dos à ce qui est. Peut-être le rêve en sera-t-il la rampe, guide impalpable vers ce lieu où je refuse de me rendre. Tu bouges au ralenti, tu cherches un ersatz de réconfort toi aussi , je me sens indigne et cruelle, engluée dans la main lourde et poisseuse du remord. – vas-y ma fille, envoie la métaphore, comme le rêve elle pose un bandeau de velours pelucheux sur nos yeux abîmés. Que nous ayons traversé des précipices, des puits et des abysses, comme -et un peu plus peut-être- tout le monde, nous le savons tous les deux. Pourquoi alors est-ce moi qui porte, inscrit dans mon corps, dans ma voix, sur ma peau, ce refus de vivre ? Car ce n’est que cela après tout. Quelque chose de très vieux. Mon corps est froid et ne veut pas mentir. Alors je me retire. J’entre à reculons dans un monde qui m’appartient, où je peux être la sorcière, la victime ou la putain. Un monde où je ne connais pas le risque de frôler une autre peau. Où le désir, le plaisir, sont des mots. Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à passer outre ? Ta respiration a fini par trouver les rails qui te font glisser vers un lieu où je ne serai jamais, je peux alors aussi m’apaiser. Et puis quoi ? Un rêve, la vieille maison, celle-là ne l’ai-je donc pas encore quittée ? La colère me jette du lit au petit jour. Mon corps est froid dans le matin, la tasse de café sur le bord du bureau, de la nuit il me reste des mots, et puis après ?

Je reste là, inerte et glacée.

 

[illustration : Ahna Valdez : site ici ]

 

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20 septembre 2017

Tangage, roulis et autre bris

 

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[image provenant de Vogue Italia et retatouillée par mes soins ]

 

Je suis de celles

Qui dansent avec les ombres

Et lorsque l’aube dessine les contours

D’un jour nouveau, lisse et sans amour

Je me replie

Sur mes décombres

 

Je promène mon ennui dans les ruines

De ma psyché bien élevée

Je sens sur ma peau courir la bruine

Une langue depuis longtemps oubliée

Murmure un ordre ancien

Que je veux ignorer, en vain

 

Je suis de celles qui pourrissent à l’écart

Les yeux tournés vers les heures noires

Et lorsque le soleil de midi

Efface mes vieux cauchemars

Ce sont mes mains que je brûle

A préserver la flamme

 

D’autres ont mieux parlé que moi

De leurs démons et des merveilles

Qui dans la nuit vont et veillent

Mais moi je suis  de celles

Qui doutent et qui se ferment

Lorsque la vie s’éveille

 

J’ai autrefois laissé venir

D’anciens soupirs

Je les ai entendu chuchoter à mon oreille

Leurs bacchanales vermeilles

Je les ai tus, refermé l’écoutille

Sur la soute où vibrent les fièvres et les rythmes

 

Je suis de celles qui valsent

Les yeux dans le mur d’en face.

 

FAUVE ≠ DE CEUX (live 2015)

 

 

 

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26 août 2017

plantage

ah bah ça alors, vla que canaldébloque! où vais-je sauvegarder mes gerbes si l'isbabis me lache à son tour ?!

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