L'isba de la Baba Yaga

24 septembre 2017

GES.LH/JH/

FOUGERE

[illustration retatouillée par mes soins- oeuvre originale : Abdullah Erkeç , site ici-  ]

 

Ai-je bien fermé la porte 

Qui donnait sur les eaux mortes ? 

Quand septembre m’embarque 

Je vois la rivière qui s’éloigne 

A grandes enjambées je marche sur l’asphalte 

Mon âme pressée 

Je compte les secondes 

Chaque matin je m’ouvre au monde

 

Est-ce ainsi que j’ai tourné le dos 

A l’alchimie noire, 

A l’attrait du désespoir ? 

Le sentier plein de ronce 

Tout à coup s’est ouvert 

Je prends de la vitesse 

Le vent sous mes paupières 

Chante encore la trace 

De mes amours fugaces 

Ai-je jeté la clé 

De la maison du marais ?

 

Septembre me veut forte 

Sous mes doigts frileux 

S’esquisse un avenir peut-être

Qui se lisait hier 

La masure devient refuge par la force des choses 

Faut-il à présent que j’ose ? 

Quel que soit le nom que je lui donne, 

Est-ce vrai qu’elle sera où j’irai

La cabane du marais, l’isba, la tombe, 

La forêt du bord des ombres ?

 

Le long de la route 

Les fougères ont roussi 

Et je prends mes doutes 

Bagages qui roulent 

J’avance, aussi.

 

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23 septembre 2017

Inerte et glacée

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Mon corps est froid et ne s’éveille pas sous ta main. Je sais pourtant qu’il faudrait, pour nous, pour demain, pour tout, pour rien. Je ne peux pas et je ne sais pas dire pourquoi. Je feins de dormir, ou je soupire, de toute façon ce message-là tu le reçois cinq sur cinq, tu es le cœur de cible et tes flancs se hérissent. Que puis-je faire de toute façon, je suis un glaçon. Que cela te blesse, aucun doute là-dessus. Et je tiens l’oreiller serré sur mon crâne, je voudrais étouffer mon âme, qu’elle cesse de rechigner, qu’elle soit enfin facile à désirer. Je sais à ta respiration que tu ne dors pas. Ton souffle est suspendu comme une menace qui ne se dit pas –et le simple fait que je ressente les choses ainsi est une injure. J’essaie de hurler dans ma tête pour combler la sirène stridente de nos silences. Mon cerveau ouvre ses caves et je descends les marches, tournant le dos à ce qui est. Peut-être le rêve en sera-t-il la rampe, guide impalpable vers ce lieu où je refuse de me rendre. Tu bouges au ralenti, tu cherches un ersatz de réconfort toi aussi , je me sens indigne et cruelle, engluée dans la main lourde et poisseuse du remord. – vas-y ma fille, envoie la métaphore, comme le rêve elle pose un bandeau de velours pelucheux sur nos yeux abîmés. Que nous ayons traversé des précipices, des puits et des abysses, comme -et un peu plus peut-être- tout le monde, nous le savons tous les deux. Pourquoi alors est-ce moi qui porte, inscrit dans mon corps, dans ma voix, sur ma peau, ce refus de vivre ? Car ce n’est que cela après tout. Quelque chose de très vieux. Mon corps est froid et ne veut pas mentir. Alors je me retire. J’entre à reculons dans un monde qui m’appartient, où je peux être la sorcière, la victime ou la putain. Un monde où je ne connais pas le risque de frôler une autre peau. Où le désir, le plaisir, sont des mots. Pourquoi est-ce que je n’arrive plus à passer outre ? Ta respiration a fini par trouver les rails qui te font glisser vers un lieu où je ne serai jamais, je peux alors aussi m’apaiser. Et puis quoi ? Un rêve, la vieille maison, celle-là ne l’ai-je donc pas encore quittée ? La colère me jette du lit au petit jour. Mon corps est froid dans le matin, la tasse de café sur le bord du bureau, de la nuit il me reste des mots, et puis après ?

Je reste là, inerte et glacée.

 

[illustration : Ahna Valdez : site ici ]

 

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20 septembre 2017

Tangage, roulis et autre bris

 

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[image provenant de Vogue Italia et retatouillée par mes soins ]

 

Je suis de celles

Qui dansent avec les ombres

Et lorsque l’aube dessine les contours

D’un jour nouveau, lisse et sans amour

Je me replie

Sur mes décombres

 

Je promène mon ennui dans les ruines

De ma psyché bien élevée

Je sens sur ma peau courir la bruine

Une langue depuis longtemps oubliée

Murmure un ordre ancien

Que je veux ignorer, en vain

 

Je suis de celles qui pourrissent à l’écart

Les yeux tournés vers les heures noires

Et lorsque le soleil de midi

Efface mes vieux cauchemars

Ce sont mes mains que je brûle

A préserver la flamme

 

D’autres ont mieux parlé que moi

De leurs démons et des merveilles

Qui dans la nuit vont et veillent

Mais moi je suis  de celles

Qui doutent et qui se ferment

Lorsque la vie s’éveille

 

J’ai autrefois laissé venir

D’anciens soupirs

Je les ai entendu chuchoter à mon oreille

Leurs bacchanales vermeilles

Je les ai tus, refermé l’écoutille

Sur la soute où vibrent les fièvres et les rythmes

 

Je suis de celles qui valsent

Les yeux dans le mur d’en face.

 

FAUVE ≠ DE CEUX (live 2015)

 

 

 

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26 août 2017

plantage

ah bah ça alors, vla que canaldébloque! où vais-je sauvegarder mes gerbes si l'isbabis me lache à son tour ?!

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04 août 2017

Neurasthénie addictive

lorelei

 

Neurasthénie addictive,

Ça claque encore un peu comme titre,

Ça rime avec endive,

Ça cause tristesse, désespoir, bonne poire

Toussa toussa,

Le fond d' commerce

De la baba...

Dehors le ciel sombre etc 

Et moi pareil

Dans mon âme les ombres

Se marchent sur les  pieds à vouloir valser au son des crincrins

De mes amers chagrins

Et mes yeux sont les puits

De leur ennui

Je ne sais pas si je pourrais encore gerber

Expurger mon amertume 

Comme on expulse un hôte indésirable 

Sur le bitume

Neurasthénie banale

C'est un peu trop noir dehors ce soir, chérie 

Retourne au lit

-et tu me manques aussi

Lu quelque part : la plus grande des trahisons

Est de se trahir soi même 

Amen

J’emmerde les  charognards

Je cultive encore un peu les ronces 

En bouture 

En quinconce 

-hé hé va donc trouver une rime en once

À part Raiponce

Mais Lorelei a fini chauve

Enchaînée dans sa tour

Glamour

Et l'on raconte

Que ses larmes coulent encore 

Dans les rigoles

Que creusèrent ses ongles.

 

 

Radiohead - Burn The Witch

 

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31 juillet 2017

Elle avait des yeux, des yeux d'opale..

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Elle avait des bagues à chaque doigt,
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m'enjôla.

Elle avait des yeux, des yeux d'opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l'ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m'fut fatale {2x}.

On s'est connus, on s'est reconnus,
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus d'vue
On s'est retrouvés, on s'est réchauffés,
Puis on s'est séparés.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l'tourbillon de la vie
Je l'ai revue un soir, aïe aïe aïe
Ça fait déjà un fameux bail {2x}.

Au son des banjos je l'ai reconnue.
Ce curieux sourire qui m'avait tant plu.
Sa voix si fatale, son beau visage pâle
M'émurent plus que jamais.

Je me suis soûlé en l'écoutant.
L'alcool fait oublier le temps.
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant {2x}.

On s'est connus, on s'est reconnus.
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue
On s'est retrouvés, on s'est séparés.
Dans le tourbillon de la vie.

On a continué à toumer
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés.
Puis on s'est réchauffés.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l'tourbillon de la vie.
Je l'ai revue un soir ah la la
Elle est retombée dans mes bras.

Quand on s'est connus,
Quand on s'est reconnus,
Pourquoi se perdre de vue,
Se reperdre de vue ?

Quand on s'est retrouvés,
Quand on s'est réchauffés,
Pourquoi se séparer ?

Alors tous deux on est repartis
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés.

Jules et Jim - Le tourbillon (1962) HD 720p

 

("le Tourbillon", Serge Rezvani, par Jeanne Moreau, dans le film Jules et Jim   de François Truffaut, 1962. Elle portait bien la casquette, Jeanne ...)

 R.I.P. Madame Moreau

 

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24 juillet 2017

Effroi

Brooke_Shaden

[illustration : Brooke Shaden ; site ici : http://brookeshaden.com/about/ ]

 

Ces derniers jours ont été rudes 

J’ai prié alors que je ne crois pas 

Je voudrais retrouver les eaux tiédies du marais, 

Arracher les ronces 

A m’en ôter la peau des mains 

Scarifier mes peurs en chemin 

Laisser glisser hors de ma bouche 

Les mots d’angoisse 

Le bruit sournois des mouches 

Mon corps se ratatine sous la couette 

J’ai froid 

Pourtant la fenêtre est ouverte 

Sur un soir d’été 

Et dehors, au-delà des collines, 

Le monde continue de tourner

 

Je voudrais retourner dans la matrice 

Matriochkas emboitées 

Redevenir la matrice 

Mères et filles fusionnées 

Couvées et protégées 

Ces derniers jours ont été rudes 

Mettant à mal mes convictions 

-et si nous t’avions enfermée attachée remisée 

A l’écart de la vie des brouillards et des cafards 

L’aurait-il fallu, 

L’aurions-nous pu ? 

Je sais bien que non, 

Pardon 

Je te vois si belle, jeune fille, 

Femme en devenir, 

Il m’est tellement plus facile de gerber un noir de pacotille

 

Ces derniers jours ont été rudes 

Je tourne autour de mon angoisse 

Comme autour d’un cratère fumant 

La peur moche et bien dégueulasse 

M’étreint en spasmes encore puants 

Je la sens dans mon estomac serré au petit déjeuner 

Dans mes frissons un soir d’été 

Le grand retour de l’anxiété 

Qui m’épuise 

J’ai pourtant bien marchandé 

Jurant que jamais plus je ne me plaindrai

 

Les derniers jours ont été rudes 

Et je remonte en tremblant la voie du marais 

Je cherche dans ses flots tièdes et noirs 

La dérive au désespoir 

La fenêtre est entrouverte sur la nuit 

J’entends grignoter dans les murs 

Ses invisibles créatures 

Je retourne au marais 

Puisque je ne peux pas te reprendre dans la chaleur de mon ventre 

Il parait que c’est ainsi 

Et que c’est la vie 

Puisque aimer c’est laisser

 

Je reviens m’allonger sous les racines 

Offrant mes flancs à leurs caresses creuses 

Et serrant la bassine 

Ces derniers jours ont été rudes 

Mais nous les avons traversés 

Je vais enfermer quelque part dans l’isba 

Le froid 

L’effroi 

Mes peurs 

Pour toi 

Je vais tirer un vieux coffre de sous la fenêtre 

Et sous de vieux châles de laine mités 

Je planquerai mes angoisses 

Jusqu’à la prochaine fois.

 

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08 juillet 2017

Visite

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Derrière la fenêtre, une silhouette  basse et gracieuse s'est arrêtée et le temps se suspend. Ma chienne beauceronne se jette contre la vitre. Des siècles de domesticité lui hérissent le poil, dans un face à face très ancien : animal domestique contre nature sauvage. Le renard s'est figé dans l'obscurité. C'est un adulte, à mon avis un mâle, vu sa taille. Il a le bout de la queue blanche. Il renifle avec intérêt l'herbe autour du barbecue, peut-être s'y trouve-t-il encore quelques traces olfactives et carnées. J’essaie de calmer la chienne. Ses aboiements me déchirent les tympans, ils me  paraissent sacrilèges. Face à nous, le renard ne semble pas entendre le déchaînement de la colère ancestrale de l’enchaînée consentie face à l'être resté libre.

Pourquoi ce soir ?

Quand justement ce soir j'ai secoué le joug ...

Quand justement ce soir j'ai refusé la laisse facile des habitudes, de la culpabilité bien dressée ... Quand justement ce soir  j'ai décidé que je ne serais plus déguisée.

En proie au doute, encore,  j'ai croisé le regard du renard derrière la fenêtre dans le noir. Puis lentement il s'est tourné, et il a rejoint au petit trot au fond du jardin, la limite avec la forêt.

En soupirant, le chien a fini par se coucher à mes pieds.

 (L'image n'est pas de moi, je l’ai trouvée sur le net. Mais mon visiteur, lui, est authentique. Il ne doit pas être parti bien loin, la chienne n'est pas tranquille, elle jappe à nouveau et finalement je décide de laisser allumer dehors afin de me garantir une nuit paisible. )

 

 

 

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29 juin 2017

Jardinage en nocturne

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[en illustration, une oeuvre du peintre japonais Hasui Kawase, 1883-1957]

  

Mes mots de nuit sont en jachère 

J’ai laissé le piochon devant la porte ouverte 

Sous mes ongles un peu de terre 

Témoigne des travaux en cours

 

Je me souviens des soirs 

Humides et lourds 

Où les mots épongeaient sans savoir

Mes sanglots sourds

 

Je suis la terre en friche 

Où quelques fleurs sauvages 

Ont poussé malgré tout

 

Le soir déploie ses parfums riches

 Entre les peurs et la rage 

Sous un ciel sombre et doux.

 

***

 

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26 juin 2017

Envols ou le syndrome de Nils

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Première levée,  un matin qui sent encore l’orage. J’ai ouvert les volets et le jardin s’éveille, encore humide et sauvage. J'imagine un vol d’oiseaux par-dessus la maison, et je me vois, minuscule, devant la porte-fenêtre, partant peut-être.

Je rentre à contrecœur. Pas un bruit à  l'intérieur.

Le fait de les savoir encore endormis me bouleverse ce matin, j’ignore pourquoi. Peut-être parce que la fatigue de l’année accumulée me rend parfois difficile leur présence. Ces existences qui comptent … pour moi (tellement !)  mais surtout, qui comptent sur moi. Je me sais capable de gérer les crises, de gérer le quotidien, de gérer les horaires, qui fait quoi, à quelle heure, où … de distribuer les tâches (au lieu de les laisser se distribuer toutes seules), de donner le cadre. Et c’est ce qu’ils attendent de moi, tous.

Ironie de l’histoire, je prends conscience que je n’ai pas failli. Que ce cadre, que j’ai eu tant de mal à garder droit pour moi-même, quand je m’égarais sur les bordures étroites de mes névroses et  franchissais avec peine les crevasses éprouvantes des dernières années,  je l’ai toujours préservé, pour eux. La preuve, c’est vers moi qu’ils se tournent lorsqu’ils vacillent sur leurs bases. J’apprends, intéressée, que je suis une de ces bases, moi sans fondations. Cela m’étonne, cela me touche. Mais ce qui sort du calendrier régulier de nos vies me fait encore  peur. J’en ai conscience et j’essaie de rationaliser mes angoisses. Là encore, à moi de me débrouiller seule et mes quelques manquements au sang-froid exigé agacent : je m’agace qu’ils agacent. Légitimement je crois.

Hier soir, devant les assiettes qui refroidissent, ils échangent leurs rêves d’envols - parapente, saut à l’élastique, baptême de l’air ! Moi je songe : sommeil, retrait, oubli … ou bien création, écriture… un autre monde aussi. Par essence individuel et clandestin.

Alors peut-être est-ce cela qui s’attarde ce matin.

J’ai besoin de silence et de calme … et ce silence et ce calme que me procure la maison qui dort m’aide à me sentir près d’eux, sans avoir encore à répondre à leurs multiples demandes. Bientôt  j’entendrais des pas à l’étage, l’ombre sur la terrasse aura reculé d’une heure, il restera un peu de  café, que mangera-t-on ce midi, et la lessive à lancer, finalement fera-t-il orage ?

Je suis cet entre-deux, ces moments entre parenthèses, lorsque la vie est encore un rêve sous les paupières des enfants, seule devant mon clavier je me remplis de leur richesse, du don qu’ils me font d’être chaque jour. Je  renonce, aussi. Naissance à rebours.

 

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