L'isba de la Baba Yaga

26 juin 2017

Envols ou le syndrome de Nils

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Première levée,  un matin qui sent encore l’orage. J’ai ouvert les volets et le jardin s’éveille, encore humide et sauvage. J'imagine un vol d’oiseaux par-dessus la maison, et je me vois, minuscule, devant la porte-fenêtre, partant peut-être.

Je rentre à contrecœur. Pas un bruit à  l'intérieur.

Le fait de les savoir encore endormis me bouleverse ce matin, j’ignore pourquoi. Peut-être parce que la fatigue de l’année accumulée me rend parfois difficile leur présence. Ces existences qui comptent … pour moi (tellement !)  mais surtout, qui comptent sur moi. Je me sais capable de gérer les crises, de gérer le quotidien, de gérer les horaires, qui fait quoi, à quelle heure, où … de distribuer les tâches (au lieu de les laisser se distribuer toutes seules), de donner le cadre. Et c’est ce qu’ils attendent de moi, tous.

Ironie de l’histoire, je prends conscience que je n’ai pas failli. Que ce cadre, que j’ai eu tant de mal à garder droit pour moi-même, quand je m’égarais sur les bordures étroites de mes névroses et  franchissais avec peine les crevasses éprouvantes des dernières années,  je l’ai toujours préservé, pour eux. La preuve, c’est vers moi qu’ils se tournent lorsqu’ils vacillent sur leurs bases. J’apprends, intéressée, que je suis une de ces bases, moi sans fondations. Cela m’étonne, cela me touche. Mais ce qui sort du calendrier régulier de nos vies me fait encore  peur. J’en ai conscience et j’essaie de rationaliser mes angoisses. Là encore, à moi de me débrouiller seule et mes quelques manquements au sang-froid exigé agacent : je m’agace qu’ils agacent. Légitimement je crois.

Hier soir, devant les assiettes qui refroidissent, ils échangent leurs rêves d’envols - parapente, saut à l’élastique, baptême de l’air ! Moi je songe : sommeil, retrait, oubli … ou bien création, écriture… un autre monde aussi. Par essence individuel et clandestin.

Alors peut-être est-ce cela qui s’attarde ce matin.

J’ai besoin de silence et de calme … et ce silence et ce calme que me procure la maison qui dort m’aide à me sentir près d’eux, sans avoir encore à répondre à leurs multiples demandes. Bientôt  j’entendrais des pas à l’étage, l’ombre sur la terrasse aura reculé d’une heure, il restera un peu de  café, que mangera-t-on ce midi, et la lessive à lancer, finalement fera-t-il orage ?

Je suis cet entre-deux, ces moments entre parenthèses, lorsque la vie est encore un rêve sous les paupières des enfants, seule devant mon clavier je me remplis de leur richesse, du don qu’ils me font d’être chaque jour. Je  renonce, aussi. Naissance à rebours.

 

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10 juin 2017

De la difficulté de ne pas être un panda ousbek

 

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Entre les murs j'entends mes peurs qui rôdent 

L'une est une femme qui porte un suaire 

Une demi-vie posée sur ses épaules 

Un peu de travers

Elle marche en silence

Sur les sentiers nocturnes de mon existence

Et un feuillage doux froisse ses lèvres 

Lorsqu’elle passe à travers la futaie des songes

Je sens sa présence

Entre le cauchemar et le rêve

 

L'autre est une vieille inutile

Couchée en chien de fusil devant la porte

Elle est là qui surveille

Ronflant comme une aube morte

Il faudrait me lever et l’enjamber

Renoncer à cette lutte inutile qui sent la sueur et le miel

 

Je sors un peu froissée de mon rêve

Un instant je le cherche

Dans la chambre moite et le bois qui craque

Une mouche agonise quelque part

Chaque bruit infime de la nuit tonne

Dans  le fracas des secondes qui s’étirent

L'effet du comprimé s'est dissipé trop tôt

Et j'ai dans la bouche l'amertume des heures non vécues

 

Insomnies somnambules,

Je marche en rêve entre de larges rues

Accompagnée toujours par mes duègnes fardées

Qui roucoulent leurs arias dévastées

Un doigt posé sur mes lèvres

Pendant que derrière mes paupières

Se lèvent les étoiles d’un nouvel hémisphère.

 

 

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05 juin 2017

sans (titre)

j'ai retiré un des rares posts politiques de ce blog car passé les élections présidentielles et le risque de se retrouver avec Le Pen présidente écarté il n'a plus de raison d'être.

Je n'ai voulu ni blesser ni insulter.

 

 

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04 juin 2017

Erehwon

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[illustration : Anders Rokkum : http://rockum.tumblr.com/ ]

 

Les aiguilles de la pendule indiquent une heure aléatoire et je baigne dans mes désirs contradictoires. Je me suis levée avec ce monde qui dégringole et la journée m’a apporté son lot de malheur bien plié papier défroissé, l’entête m’est inconnue et ne peut apporter rien de bon, j’ouvre c’est confirmé, nos vies ne sont rien et nous avons mis en gage notre cage. L’homme en costume qui se grattait  les burnes a repris la montée après avoir fait son job de vautour. J’enrage, et je caresse ma colère, tant mieux elle vaut un peu plus cher que les larmes, je m’arme je lui murmure des choses à l’oreille, je veux qu’elle grossisse, je veux la sentir et pourvoir l’extraire, qu’en faire ?

Enfer. Mais je me suis levée avec ce monde qui rigole en eaux pourpres dans les canaux obscures de la folie humaine, je suis minuscule et ma haine s’atrophie lorsqu’un nouveau jour se met à vomir son lot d’atrocités dominicales.

La vapeur s'est déposée sur  les carreaux pâles  de la salle de bain et dessine une étoile. Dans le mur soudain s'ouvre une porte, elle n'était pas là lorsque, lasse, je me suis mise à nu. L'eau sur mon corps s'est figée, une carapace  de gouttelettes subtilement esquissée. A peine tremblante j'enjambe le bord du désespoir et je glisse la main dans l'entrebâillement, derrière ce qui semble le vide, m'attire. Mon poignet droit est douloureux, j'attrape l'orthèse sur le tabouret bas de la salle de bain et je la fixe de la main gauche. Puis je pousse le battant dissimulé dans le mur, la pendule indique nowhere figée sur jamais, je me souviens alors que j’y suis déjà venue c’était hier, demain, seule  ou bien main dans la main.  

La rivière s’enfle et gronde entre de hautes herbes bousculées par le vent, elle roule ses mues. Un brouillard coloré nimbe l’horizon, je devine au loin la présence rassurante des collines. De grands oiseaux plongent vers le sol en poussant des cris rauques, leurs ailes me frôlent et cette caresse me rend presque vivante, je voudrais moi aussi pouvoir balayer l’espace et me grandir vers les étoiles. Je marche vers la rive, l’empreinte que mes pieds nus tracent dans le sol boueux s’efface peu à peu…Le brouillard qui se dissipe dévoile la pendule, ses aiguilles vont à rebours, la berge est haute, je glisse dans les ajoncs jusqu’à l’eau qui m’accueille, j’ai fermé les yeux je ne vois que la pendule en deuil, mais soudain l’homme vautour déploie son costume de ténèbres, et plonge. Je suis dans l’eau jusqu’à la taille, et mon poing s’est refermé sur mes rêves, que je brandis soudain, repoussant cette intrusion cauchemardesque. Les saules se sont penchés à l’extrême,  la brume revient, plus épaisse, solidarité féminine, la rivière soudain se soulève et m’emporte avec elle, nul ne peut me suivre là où je suis, Erehwon, j’y suis en sécurité, la lune est ma mère et les étoiles fredonnent pour moi un rythm’ and blues douloureux et froid.

La porte a claqué et je me retrouve apaisée sur les carreaux de la salle de bain, les aiguilles de la pendule indiquent une heure aléatoire, la lutte m’a épuisée mais je reviens, sur le sol maculé de boue reste une plume noire.

 

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22 mai 2017

22 Mai

iu

Ami séminariste, motocycliste, pietonniste, nihiliste, violoniste, saint-jean-bapstiste, naturiste, n'importe-quoi-iste (mais pas fasciste), sauras-tu compléter cette mythique composition thiéfenesque extraite de l'album non moins mythique (je l'ai en K7, celui là !!! ) "Tout corps vivant branché sur le secteur/Etant appelé à s'émouvoir" ? 

 

22 mai 1968

3 heures de l'après-midi

Le printemps qui refleurit

Fait transpirer le macadam

Sur l'autoroute de l'Ouest

Un séminariste à moto

J'ai bien dit à moto

Roule à toute allure vers un point non défini

Sur le porte-bagages

Le .............  .................* qui jusque-là

Était resté bien sagement assis

Se coince soudain l'aile gauche

Dans les rayons de la roue arrière

Ah! Ah! Ah!

Le séminariste perd le contrôle de sa motocyclette

Et vient percuter de plein fouet

.................. ................... .......... ............................... .......................**

  Sur le bas-côté de l'autoroute

A ce même moment un ............... .  ....... ...................***

Déguisé en touriste américain

Au volant d'un cabriolet de 22 chevaux

Immatriculé en Espagne

Se dit qu'il lui faut porter secours à ce séminariste

Mais bientôt cette idée lui paraît ridicule

Étant donné:

Petit a: .............................................................

Petit b: .............................................................

Et ce fut sans doute

L'événement le plus important de ce mois de mai !

 

               solutions :                ıɹdsǝ ʇuıɐs ǝl*

     ǝʇıɔıllı ʇuǝɯǝuuoıʇɐʇs uǝ éɹɐƃ ǝuôlʎd un **

                                    ƃɹnoqɯɐɥ ǝp sıouıɥɔ***

  ǝʇnoɹoʇnɐ ǝɯêɯ ɐl ɹns sɐd ǝlnoɹ ǝu lı,nb (ɐ

 ʇuǝpıɔɔɐ ʇǝɔ ǝp ʇuɐɹnoɔ nɐ sɐd ʇsǝ,u lı,nb (q

 ¡ ʇıɹ-ınb-ɐqɐq (؛ sıloɔıʇɹoʇ nɐ ǝɹɐƃ ʇǝ ˙˙˙ ¡ uosuɐɥɔ ɐl ɹǝʇnoɔé,p éʇıɹéɯ uǝıq zǝʌɐ snoʌ˙˙˙

 

Hubert Felix Thiefaine - 22 mai

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15 mai 2017

en chantier

Oleksandr_Hnatenko

[image : Oleksandr Hnatenko ]

 

En chantier

de vous trouver par là

la tête dans le caniveau

et le cerveau à l'avenant

dégouttant ses ombres sales

pigeant que dalle

et puant

 

En chantier

un pauvre calembour

quelques mots gerbés sur le clavier

non-retour

la boite à outil éventrée

tripaille recomposée

incapacité d'agir

gésir

un verbe obsolète

pour dire l'incapacité d'agir

l’inertie dans ma tête

 

Le chantier  est interdit

aux personnes non habilitées

qui n’ont pas sur leur chair épinglée

la légion d’horreur des damnés

je me berce de mots

juste histoire d’oublier

les vastes tranchées

et la boue du marais

en chantier.

 

 

 

 

 

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08 mai 2017

disque enrayé

 

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C’est l’heure qui ne convenait pas

Ou le jour

Ou c’est moi

Un disque usé jusqu’au sillon

Tourne dans le salon

Je suis un peu ébréchée sur les bords

Là où frottent souvent

Les sentiments

Mes mains ont écrit trop de mots

Au lieu de prendre à bras le corps

Cette vie là

Pourtant je sais bien

Que ce ne sera pas pour une autre fois

Alors quoi ?

C’est l’heure qui ne convenait  pas

Ou bien le jour

Ou bien moi ?

 

Arrivée quand on ne l’attendait pas

Elle restera

Un disque usé jusqu’au sillon

Tatoué sous son front

Chante la ritournelle

D’une vie sans ailes

Le début d’après-midi se fait lourd

Et j’ai fermé les volets sur un soleil d’hiver

Sur nos soleils d’hier

Ce n’est pas si simple

D’être là où l’on ne veut pas

C’est n’être pas

Que naître ou pas

C’est l’heure qui ne convenait pas

Ou je n’avais pas compris le jour

C’était bien le mois

 

Un disque usé jusqu’au sillon

Tourne dans le salon

Je me sens ébréchée jusqu’au corps

Là où frottent au sang

Les sentiments

C’est l’heure qui ne convenait pas

Et puis le jour

Et sans doute moi.

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Petite et sans ombre

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[Ian Cumberland "Distance" ]

 

Mes rêves me rappellent à l'ordre

Ils m'intiment de leur voix grave

De revenir à moi-même,

D’aller dans la bibliothèque en désordre

Chercher Lorenzaccio

Et son petit couteau

Je m’en servais naguère

Pour me curer les veines

Ebauchant dans mes rimes

Des rêves immobiles

Je croyais vivre et maintenant je suis amère

Je flotte entre deux univers

Je sens l’un presqu’envolé

L’autre désintégré

Alors je creuse et je tombe

Je me fais petite et sans ombre

Sans voix

Et sans envie.

 

 

 

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23 avril 2017

Allez voter !

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...après le café

...en revenant de chez tata Huguette

...à pied à cheval en trotinette

....en allant chercher le pain

... main dans la main ou avec ton chien

...en vélo en pédalo en solo

...à l'ouverture

...en mangeant des oeufs durs

...avec Jean Louis

...avec Heidi

...en jogging en robe du soir

...en escarpins en talons noirs

...à 10 heures ou à midi

..à 18 heures  dix-neuf  ou même vingt ce coup ci

...avec ton poisson rouge ton doberman ton ousititi

...en chantant en reniflant

... en ronchonnant en te mouchant en sifflotant

...convaincu  ou fataliste

...vote utile ou idéaliste ...

mais ...

va voter

va voter 

va voter !!

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18 avril 2017

*sens de la vie

iu[Damien Saez - Le manifeste]

 

"il n'est rien de plus beau qu'aimer

l'autre

bien plus qu'on s'aime soi"

Damien Saez Le manifeste "l'Humaniste"  

 

...tout est là.

 

*babaphilosophàdeuxballes

mon cœur s'emballe

Saez dans le casque

et la vie qui fleurit

qui frissonne

pleurs devant la téloche

et mon cœur en valoche

mots retenus

enfants

tripes

mère et quoi d’autre encore

bref

en avril ne te découvre pas d'un fil

moi j'ai le fil qui flanche

le fil des dimanches

le cœur cousu de fil blanc

le fil à couper les  évidences

celui dont sont cousus

les j'aime tordus

le sens de ma vie

que je ne sais pas dire

dans la pelote embrouillée

qui me sert à sortir

du labyrinthe des sentiments

de fil en aiguilles

plantées au fond des vrilles

et sans anesthésie

aux couleurs de la vie

et de l'amour,

aussi.

 

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